Les frappes de drones sont-elles morales?

Co-auteur d’un article retentissant sur les "coulisses" de la "guerre des drones" sous l’administration Obama, Scott Shane s’attaque à la dimension morale de cette pratique.

En surveillant pendant des heures, voire des jours une cible, les drones permettent d’identifier avec plus de précision une cible que des troupes au sol ou des pilotes conventionnels. Grâce aux capacités de surveillance offertes par le drone, il est possible de frapper à un moment où l’objectif n’est pas entouré par des civils. On peut même détourner le tir si l’opérateur se rend compte de la présence de personnes innocentes au dernier moment.

En dépit des erreurs qui peuvent se produire, les frappes de drones sont la méthode de guerre qui tue le moins de civils. En prenant l’estimation la plus pessimiste, 20% des personnes tuées lors de ces rappes au Pakistan sont des non combattants.

Pour Peter Bergen, la plupart des études sont formelles: les victimes civiles de drones sont en chute. Selon la New American Foundation, la proportion de victimes civiles était de 16% entre 2004 et 2007. Sous Obama, ce chiffre est tombé entre 10 et 12%. Cette baisse est notamment le résultat d’une directive du Président qui, juste après son entré en fonction, a voulu restreindre la manière dont la CIA sélectionnait les cibles et conduisait ces frappes. Il souhaitait être impliqué personnellement dans ces frappes en évaluant et en approuvant celles dont l’Agence n’avait pas la "quasi-certitude" qu’il y aurait zéro mort civil.

Bergen ajoute un élément peu mentionné à savoir le contrôle croissant du Congrès sur cette pratique. Par exemple, tous les mois, des membres des commissions des renseignements de la Chambre et du Sénat se rendent à une réunion dans les locaux de la CIA. Ils regardent des enregistrements vidéos de frappes de drones. Ils passent en revue les renseignements utilisés par les agents sur le terrain pour procéder au choix des cibles.

Grâce à ces procédures, le nombre des victimes civiles a chuté, au point que, jusqu’au mois de juillet, la New American Foundation n’en recensait aucune en 2012. Mêmes les estimations "pessimistes" du Bureau of Investigative Journalism ne comptait au minimum "que" trois victimes civiles au mois de juin 2012.

Or, pour Jeremy R. Hammond, ces chiffres sont à relativiser, étant basés sur des suppositions et des méthodes de décompte controversées. Le même Scott Shane révélait dans son article phare que, lors d’un "targetd killing", tous les hommes non identifiés en âge de porter une arme entourant la cible étaient supposés être des combattants. Il convient de rappeler qu’en droit international humanitaire, en cas de doute, une personne est présumée être civile.

Dès lors, on peut s’interroger sur l’identité des personnes tuées lors de ces frappes, notamment les controversées "signature strikes" appelées aussi "Terrorist attack disruption strikes". Celles-ci frappent des individus supposés être associés aux groupes terroristes mais dont l’identité n’est pas toujours connue. Elles frappent souvent des militants de rang inférieur. Elles permettent de frapper des convois de véhicules qui portent les caractéristiques d’Al Qaeda ou des dirigeants Talibans, aussi longtemps que le risque pour les civils est jugé bas.

Le récit du premier assassinat ciblé américain, qui est une "signature strike", révèle les incertitudes qui entourent cette pratique, entretenues par l’opacité des administrations américaines en la matière. Elle a eu lieu le 3 novembre 2002 dans la région de Marib au Yémen. Elle visait Abu Ali al-Harithi, un responsable opérationnel de la cellule d’Al Qaeda à l’origine de l’attentat contre le USS Cole en 2002. Il a été tué par un tir de Predator alors qu’il se trouvait dans un véhicule avec d’autres hommes.

Le tir a eu lieu après qu’un agent de la NSA ait reconnu sa voix lors de l’interception d’un appel téléphonique venant du véhicule. Quatre yémenites inconnus ainsi qu’Ahmed Hijazi, un homme qui recrutait pour le compte d’Al Qaeda, sont morts des suites de l’opération.

Dès lors, on peut se demander si la théorie du "fighting-age males" n’est pas un moyen pour passer outre le test de la proportionnalité. L’absence d’informations sur un certain nombre de personnes accompagnant al-Harithi pose problème. Pire, aucune preuve spécifique n’a été avancée pour cibler al-Harithi. Les informations proviendraient d’Abd al Rahim al-Nashiri, un agent d’Al Qaeda. Il a été révélé en 2008 que ce dernier faisait partie des trois détenues ayant fait l’objet d’un waterboarding.

Or, l’information obtenue sous la torture n’est pas recevable devant un tribunal militaire.

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