Notes sur le conflit Sri lankais

Vieux de presque trois décennies, le conflit opposant le gouvernement Sri Lankais et les Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE) a pris fin le 19 mai 2009 avec la déclaration de victoire du premier. Dans sa dernière phase (de septembre 2008 à mai 2009), il présente les traits caractéristiques des conflit asymétriques contemporains:

Un conflit asymétrique. On est en présence d’un conflit armé non international (CANI) opposant une armée régulière pouvant notamment opérer des bombardements aériens, et une guérilla disposant de moins de moyens mais qui n’hésite pas à recourir au terrorisme et à se servir de la population civile.

Une population durement touchée. Selon le rapport du panel d’experts du 23 mars 2011 remis au secrétaire général des Nations Unies, 7721 civils seraient morts, plus 18479 blessés entre août 2008 et le 13 mai 2009. D’autres sources non officielles mais crédibles parlent de 40000 morts.

La population civile, enjeu du conflit. D’un côté, le gouvernement sri lankais certifiait mener une « guerre zéro morts ». De l’autre, le LTTE  a utilisé la population à des fins stratégiques, notamment pour créer un « tampon » entre les rebelles et les forces gouvernementales.

Des attaques délibérées contre la population civile. Malgré des déclarations rassurantes, le gouvernement est accusé d’avoir entrepris une politique d’attaque généralisée ou systématique contre la population civile à Vanni durant les dernières phases de la guerre et peut-être même avant. Le 20 janvier 2009, le gouvernement sri lankais a déclaré une « non fire zone » (NFZ) dans la région de Vanni. Pourtant, cette zone a été l’objet de bombardements aériens, de tirs d’artillerie ou de Multi Barrel Rocket launcher (une arme à large rayon d’action dont les effets sont forcément indiscriminés dans les zones densément peuplées) de l’armée sri lankaise, touchant les hôpitaux ou des bâtiments des Nations Unies.

Le brouillage de la distinction civils/combattants. Afin compenser son infériorité militaire, le LTTE s’est servi de la population civile. Ils ont notamment positionnés des mortiers et des pièces d’artillerie au sein de la seconde no fire zone (comprenant 300000 à 330000 civils dans une petite superficie). A ce moment là, les cadres du LTTE ne portaient pas toujours l’uniforme. En outre, le LTTE a empêché les civils de fuir la zone afin de s’en servir comme « tampon » humain. Pour ce faire, ils n’ont pas hésité à tirer sur la population, femmes et enfants inclus.

La difficulté à prouver l’intention. En forçant les civils à opérer un retrait avec eux, plutôt que de leur permettre de fuir vers les zones sûres, les forces du LTTE se sont massivement déployées à proximité des zones civiles, selon HRW. L’ONG constate une utilisation délibérée des civils afin de se protéger des attaques, ce qui constitue un bouclier humain. Il convient de noter que HRW ne mentionne pas de déclarations de membres du LTTE attestant de l’intention de cette pratique. En outre, le rapport du panel d’expert ne parle, en aucun cas, de bouclier humain en l’absence d’élément intentionnel; il préfère parler de « tampon humain » entre les forces rebelles et gouvernementales, ce qui n’en constitue pas moins une violation de l’article 3 commun aux Conventions de Genève sur la protection des personnes « ne prenant pas part aux hostilités ».

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