Les civils sur le « champ de bataille » des « guerres modernes ».

Michael Thomsen pose une question pertinente: pourquoi n’y a-t-il pas de civils dans les FPS (first person shooter) modernes? Il est, en effet, étonnant qu’ à l’heure du photoréalisme et de l’implication émotionnelle, les développeurs de jeux vidéos n’aient pas introduit la population, enjeu majeur du terrorisme et du contreterrorisme.

L’argument selon lequel les joueurs préfèrent être du côté obscur repose sur un manichéisme qui n’ a plus lieu d’être aujourd’hui. De nombreux jeux proposent de faire des choix « éthiques » (GTAIV, Fallout New Vegas…) qui ont des conséquences sur la destiné du personnage que l’on incarne. En outre, l’avènement des « serious game » a permis de se rendre compte que l’on pouvait sensibiliser les joueurs aux problèmes humanitaires (ex: Food force). On pourrait, par exemple, envisager des scènes de guérilla urbaine où on appliquerait le critère de « l’intention hostile » dans le cadre de la légitime défense, ce qui rendrait les tirs d’armes encore plus précautionneux. On pourrait incarner un opérateur de drone mettant en oeuvre la « surveillance persistante » afin d’éviter tous dommages collatéraux. Les idées, matières à suspense, ne manquent pas. De plus, les jeux vidéos, étant souvent pointés du doigt pour leur violence, pourraient peut-être incarner la vocation pédagogique que certains leurs prêtent. Beaucoup de joueurs connaissent le nom des armes qu’ils manient; pourquoi ne pourraient-ils pas retenir le nom des conventions internationales qui s’appliquent?

Il nous semble que cette idée va dans le sens d’une complexification du jeu vidéo qu’empruntent encore trop peu de titres avec la nécessité de respecter certaines règles (pas de tirs intentionnels sur des civils sous peine de crime guerre synonyme de « game over »), de faire des choix éthiques (dans l’appréciation, par exemple, du principe de proportionnalité), de refuser le manichéisme (la justesse d’une cause ne doit pas déterminer la manière dont on va, par exemple, traiter les prisonniers).

Seul le jeu Six days in Fallujah semblait sortir du carcan routinier du FPS, avec la volonté de retranscrire fidèlement un des épisodes sanglants de la guerre d’Irak. Le jeu n’est finalement pas sorti et ne verra vraisemblablement jamais le jour pour des raisons éthiques bien compréhensibles.

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