Première analyse des dommages civils causés par les frappes de l’OTAN en Libye.

Selon une enquête menée sur le terrain par le New York Times, les frappes aériennes de l’OTAN auraient causé au moins 40 victimes civiles, voire plus de 70, dont au moins 29 femmes et enfants. Le journal a produit un rapport de 27 pages portant sur neuf attaques distinctes ayant causé des victimes civiles non intentionnelles. L’enquête s’est déroulée sur 25 sites dont Tripoli, Misrata ou encore Brega. Plus de 150 objectifs (des bunkers, des bâtiments ou des véhicules) ont été visés. 7700 bombes ou missiles ont été largués au cours de milliers de sorties des avions de l’OTAN.

Plusieurs mesures ont été prises pour éviter les dommages civils :

– l’OTAN a souvent évité d’endommager les infrastructures civiles utiles aux forces du colonel Kadhafi. On peut citer, par exemple, le réseau électrique, ce qui n’avait pas été le cas lors des campagnes aériennes en Irak, en 1991 et en 2003.

– les bombes à sous-munitions (BASM) et les munitions contenant de l’uranium appauvri n’ont pas été utilisées.

– seules des munitions guidées par satellite ou par laser ont été employées. Aucune « bombe stupide » n’a été employée.

En dépit de ces mesures, des dommages civils ont eu lieu en raison de:

– défaillances techniques. Ainsi, le 19 juin, la famille d’Ali Mukhar al-Ghanari a été victime d’une frappe hasardeuse (« errant ordnance ») tuant quatre civils et blessant huit autres. A l’origine, un site militaire de missile était visé. Mais une défaillance dans le système d’armement a détourné l’arme vers la maison.

– renseignements insuffisants (pauvres ou datés). Ainsi, l’Alliance s’est trompée à maintes reprises en bombardant des habitations supposées occupées par les forces pro-Kadhafi et désertées par les civils. Par exemple, le 4 août 2011, la résidence de Mustafa Naji al-Morabit faisait l’objet d’une frappe en raison de la présence d’officiers pro-Kadhafi durant le mois de juillet. Or, au moment de la frappe, ces derniers n’étaient plus présents alors que la famille d’Al-Morabit étaient bien là après avoir fui pendant un mois, pensant échappée aux frappes de l’OTAN. Deux jours après leur retour, le 4 août, une bombe détruisait leur maison au petit matin. La femme d’Al Morabit est morte, le crâne écrasé. Deux de ses fils, de trois et six ans, sont également morts. Sa mère est blessée. Par ailleurs, il convient de s’interroger sur le choix de certains objectifs dont on peut douter du caractère militaire ou en raison du risque évident pour les civils. Ainsi, des entrepôts ont été visés alors qu’ils ne contenaient que de la nourriture. Un bunker rempli de munitions a pu être touché causant une explosion secondaire, libérant des ogives et répandant du carburant toxique.

– l’absence de personnel militaire expérimenté au sol pour aider à diriger les frappes.

– certaines munitions qui n’ont pas explosé.

– seconde frappe qui, souvent, était opérée des minutes après la première, ce qui a pu mettre en péril, voire tuer, des civils.

L’OTAN a, pendant longtemps, nié ces allégations et déclaré que ses opérations étaient supervisées avec un soin exceptionnel, et ce, même après les critiques de Human Rights Watch et du Campaign for Innocent Victims in Conflict (CIVIC). Selon ces dernières, la prévention et la gestion des dommages collatéraux en Libye est en deçà de la pratique en Afghanistan (enquête, condoléances aux familles des victimes, compensations financières).

 

 

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