La démocratie: victime collatérale des frappes de drones?

Peter W. Singer se dit troublé par l’impact des drones sur la démocratie américaine dans une tribune au New York Times.

La démocratie moderne se caractérisait par un lien étroit entre l’engagement au combat et les risques découlant de la guerre. Ce lien se traduisait, par exemple, par la déclaration de guerre. Or les nouvelles technologies, ou plus particulièrement l’effacement de l’Homme sur le champ de bataille au profit des « systèmes inhabités » (unmanned systems) ont détruit ce lien.

L’usage de drones permet d’éviter la mort de militaires au combat. En outre, leur capacité à surveiller de manière permanente leur cible et son environnement est, en principe, propice à des frappes précises et discriminées.

Mais sauver des vies humaines, d’un côté comme de l’autre, a un prix.

Depuis 2004, les États-Unis ont conduit plus de trois cent frappes de drone au Pakistan sans qu’il n’y ait eu de débats au Congrès. De plus, ces frappes sont opérées, en toute opacité, par la CIA, c’est-à-dire des agents civils.

Par ailleurs, les États-Unis ont soutenu et participé de manière non négligeable à l’intervention en Libye. Les drones ont été déployés dès le 23 avril 2011. Ils ont opéré 146 frappes sans compter leur rôle crucial dans l’identification des objectifs de l’OTAN, dont le convoi du colonel Kadhafi le 20 octobre 2011. Pourtant, le Président Obama est passé outre le War Powers resolution qui nécessite que les opérations militaires soient notifiées au Congrès dans les 48 heures et requiert son autorisation après soixante jours. La Maison Blanche a invoqué l’absence de troupes terrestres, de dommages ou de menace sérieuse.

La même semaine où les drones américains ont porté leur 145ème frappes non autorisées, le Président notifiait au Congrès le déploiement d’unités des opérations spéciales chargées de conseiller et d’entraîner les forces ougandaises mais qui avaient l’ordre de ne pas s’engager dans les combats.

Singer estime qu’un nouveau standard a été mis en place: le Président a besoin de l’approbation seulement pour les opérations pour lesquelles il y a un risque pour les troupes et non pour celles où la guerre est menée par d’autres moyens.

Outre un brouillage encore accru entre le civil et le militaire, ce précédent pose la question de l’instrumentalisation d’une arme qui n’est pas soumis au vote démocratique.

Lorsque, en 2011, Singer parlait de ces problèmes avec des responsables du Pentagone, il s’est vu répondre vertement: « Et alors, qui pense à cela? »

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