La technologie détermine-t-elle la mission?

Alors que les frappes au Pakistan ont repris et qu’une attaque récente au Yémen a tué onze militants d’Al Qaida, certains s’interrogent sur la capacité des politiques à contrôler cette technologie.

Dans une tribune récente au New York Times, Peter W. Singer, directeur de la 21st Century Defense Initiative à la Brookings Institution s’interrogeait sur les frappes de drone au Pakistan et sur la participation américaine à l’intervention en Libye non soumises au vote démocratique. En l’absence de risques pour les troupes sur le terrain, le Parlement n’a pas à être consulté. Selon le Guardian, le ministre anglais de la Défense a déclaré que la guerre aérienne au Pakistan et au Yémen est « totalement fonction de l’existence d’une capacité de drone ». Ces missions seraient-elles plus déterminées par l’existence d’une technologie que par une volonté politique? C’est ce que laisse entendre le ministre anglais en déclarant que ces frappes n’auraient pas lieu si les drones n’existaient pas.

Il n »est pas dit que l’avènement de drones autonomes change la donne. La Navy américaine a testé la semaine dernière le X-47B, capable de voler sans pilote à bord ou à distance inaugurant l’ère où « des machines pourraient tuer et détruire de manière semi-indépendante ». Selon le Président du CICR, de tels systèmes apporteraient un changement qualitatif majeur dans la conduite des hostilités, puisque la chaine de responsabilité dans l’attaque disparaît. Qui est responsable? Le politique? l’ingénieur? Ou le robot?

Pour les partisans des drones, l’autonomisation va dans le sens de l’humanisation des conflits avec moins de risque pour l’attaquant et moins de dommages collatéraux pour la population civile sans compter les faibles coût de telles machines comparé aux « avions pilotés ». Cette humanisation répond aussi à la nécessité militaire et politique de prendre en compte « l’effet CNN« . Par ailleurs, selon David Bell, de l’introduction de l’arbalète à l’apparition de la levée en masse ou du bombardement aérien, l’innovation technologique sur le champ de bataille a toujours été critiquée pour son caractère immoral et son aspect déshonorant. « Employer la technologie pour frapper l’adversaire de manière plus sûre est aussi vieux que la guerre même ». Sa prédominance n’est pas le signe de son émancipation vis-à-vis du politique mais, au contraire, un choix délibéré de celui-ci. Ces drones ne sont pas des missiles de croisière ou des tirs de grosse Bertha. Si l’administration actuelle leur est favorable c’est parce qu’il s’agit d’une technologie contrôlable permettant d’identifier soigneusement l’objectif.

Qu’en sera-t-il lorsque les drones deviendront autonomes?

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