« Troops in contact » dans le drame de Logar.

Dix huit civils afghans sont morts suite à une frappe aérienne de l’OTAN  dans la province de Logar le 6 juin 2012. Cet incident est intervenu alors que les forces conjointes de l’Alliance et d’Afghanistan poursuivaient un commandant taliban connu pour avoir planifié des attaques contre les forces afghanes et celles de la coalition et pour avoir sous son commandement un certain nombre de combattants insurgés.


Bien qu’intervenant dans un contexte de baisse des dommages civils en Afghanistan, ce drame est symptomatique des circonstances dans lesquelles surviennent des morts civils.

Un combat a eu lieu entre les forces talibanes et celles de la coalition. Les premières se sont retranchées dans une maison dans laquelle se trouvaient des civils. Selon un témoin qui a survécu au bombardement, les Talibans ont empêché les civils de quitter la zone de combat, ce que confirme des équipes de l’ONU qui enquêtent sur les circonstances de l’incident. Cependant, il y a deux versions des faits sur la manière de procéder. Dans l’une, les Talibans les auraient menacer de les tuer. Dans l’autre, ils les auraient empêché de partir.

Or, la manière importe peu ici. Les Talibans doivent conduire leurs opérations « en veillant constamment à épargner la population civile », selon les termes de l’article 57 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève. En empêchant les civils de fuir, les Talibans pourraient être accusés d’avoir employé des boucliers humains. Ceux-ci se définissent comme l’utilisation de la présence de civils ou d’autres personnes protégées pour mettre des objectifs militaires à l’abri des opérations militaires. Reste à savoir, en l’espèce, si, dans un espace pris entre deux feux, il existait une possibilité de fuir pour les civils.

S’agissant des forces de la coalition, on peut également se demander si le principe de précaution a été respecté. Cette situation n’est pas nouvelle. Dans un rapport de 2008, un rapport de Human Rights Watch  pointait les situations de « Troops in contact » comme génératrice de dommages civils. Elles correspondent au schéma suivant: l’aviation procède à une frappe « d’opportunité » suite à une demande des forces terrestres harcelées par le feu ennemi, ne pouvant procéder à une retraite. Dans le cas présent, les troupes au sol ont perdu trois hommes blessés. C’est après avoir demandé aux talibans de sortir que les forces de la coalition ont demandé un appui aérien. Elles on dû se poser la question de la proportionnalité de l’attaque: les victimes civiles sont-elles excessives par rapport à l’avantage militaire retiré de la destruction de l’objectif militaire (on ne sait pas en l’espèce si le commandant taliban est mort suite à l’attaque)? Il convient d’ajouter que l’appréciation de la proportionnalité se fait au moment de la prise de décision. Or, il semble que le commandement savait qu’il visait une habitation civile. Par contre, il faut attendre des informations supplémentaires pour savoir qu’elle était sa connaissance de la présence de civils dans la zone. Se pose peut-être en amont un problème de renseignement, comme l’avait mentionné HRW à l’époque. En effet, les objectifs frappés lors d’un « troops in contact » font l’objet d’un examen peu rigoureux en raison des contraintes de temps inhérentes à ce genre de situation. Dès lors, il n’est pas possible de prendre toutes les précautions possibles pour éviter les dommages civils. Se pose notamment le problème des renseignements insuffisants ou inadéquats sur la présence de civils dans la zone qui fait que les frappes aériennes sont opérées sans savoir qui se trouve dans la zone.

Selon les commentaires au Protocole Additionnel I, dans ce type de situation complexe, « la règle d’or » est de « conduire les opérations en épargnant les personnes civiles et les biens de caractère civil ». C’est d’ailleurs la décision prise par le Commandement de l’OTAN qui a ajouté de nouvelles restrictions au bombardement aérien. Désormais, lorsque se posera le problème de la présence de civils, l’arme aérienne ne sera pas utilisée lorsque d’autres moyens seront disponibles.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s