Actualité des frappes de drones: entre reprise du programme, début de réglementation et possibilité d’une fin à la « guerre » contre le terrorisme.

Après une pause de 55 jours, les frappes de drones ont repris au Pakistan tuant trois « militants »  dans le village de Shin Warzak au sud Waziristan, le 29 novembre 2012. L’attaque visait un véhicule. Parmi les morts, se trouvaient des « étrangers »: ce terme est employé pour désigner les agents arabes d’Al-Qaïda ou les membres de groupes terroristes régionaux en-dehors du Pakistan.

Jeh Johson

Les raisons de cette pause sont inconnues. Selon un agent des services de renseignement, ce n’est « certainement pas dû à un manque d’objectifs ». Le Pakistan serait un pays « riche » en cibles en rapport avec Al-Qaïda et leurs alliés.

Ces déclarations corroborent l’analyse faite par Micah Zenko du passage d’une stratégie de contre-terrorisme à une stratégie de contre-insurrection. En effet, contrairement aux allégations de l’administration américaine, les cibles visées seraient de moins en moins des dirigeants ou des agents d’Al-Qaïda et d’organisations affiliées mais de plus en plus des insurgés voulant renverser le pouvoir de l’État dans lequel ils se trouvent. En février 2012, l’administration Obama déclarait vouloir éliminer deux douzaines d’agents d’Al-Qaïda au Yémen. Depuis, 50 personnes sont mortes. Cela laisse penser, selon Zenko, que les terroristes ne sont plus les seules cibles des frappes de drones. Juridiquement, cela remettrait en question l’argument de la légitime défense puisque ces objectifs ne menacent pas directement les intérêts américains.

La frappe opérée au Pakistan jeudi intervient dans un contexte de net déclin des frappes de drones dans ce pays. Les États-Unis en ont opéré 41 cette année. En 2011, elles s’élevaient à 64; en 2010, à 117.

Cela annonce-t-il la fin de la « guerre permanente » contre le terrorisme? Jeh Johnson, conseiller général au Département de la Défense, a évoqué cette possibilité dans un discours à l’université d’Oxford, vendredi 30 novembre. Dans une analyse de ce conflit, Johnson parle du moment où Al-Qaïda n’aura plus les capacités de lancer une attaque stratégique contre les États-Unis, soit le moment où cette organisation sera détruite. Dès lors, la guerre initiée en 2001 n’aura plus lieu d’être. L’effort de contre-terrorisme sera orienté contre ce qui restera d’Al-Qaïda et de ses organisations affiliées, contre lesquelles l’emploi privilégié de la force létale ne sera plus nécessaire. La lutte relèvera du maintien de l’ordre et du travail des agences de renseignement.

La guerre doit rester une exception, un état « non naturel » des relations internationales. La « guerre » contre le terrorisme ne doit pas y déroger. Pourtant, ce n’est pas ce que laisse supposer l’état de la pratique depuis maintenant 11 ans. La volonté américaine d’une victoire totale sur une organisation dont on ne peut pas attendre qu’elle se rende, qu’elle dépose les armes ou qu’elle signe un traité de paix, avec laquelle un « compromis ou une négociation politique » est impossible, va dans le sens du maintien de la « guerre permanente ».

D’ailleurs, la fin des hostilités n’est pas d’actualité. Johson estime qu’Al-Qaïda reste une menace pour les États-Unis et les autres Nations. En attendant, une pratique plus réglementée de ces frappes est peut-être envisageable prochainement. En effet, dans l’hypothèse d’une défaite d’Obama à l’élection présidentielle, son administration aurait travaillé en ce sens afin que le prochain Président hérite de règles et de procédures claires en la matière. Sa victoire le 6 novembre a peut-être retardé l’échéance. Mais avec plus de 300 frappes et 2500 morts à son actif, l’administration Obama reconnait le besoin de mettre fin aux incertitudes et aux désaccords entourant l’emploi de la force létale dans la lutte contre le terrorisme.

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