Stratégie de représailles en Syrie ?

Dans Targeting civilians in war, Alexander B. Downes explique pourquoi un gouvernement, quelque soit son régime politique, décide, en guerre, de viser des non-combattants en dépit de l’illégalité, de l’immoralité et de l’inefficacité de cette pratique. Il y a, entre autre, la volonté de rechercher une victoire désespérée dans le cadre d’une guerre d’attrition longue qui a déjà causée beaucoup de dégâts. L’objectif est de convaincre le groupe armé ennemi d’accéder aux demandes politiques du gouvernement par une stratégie de coercition. Il s’agit d’influencer le comportement adverse en infligeant des coûts aux non-combattants. Cette stratégie peut obéir à une logique de punition. Elle peut également obéir à une logique de déni afin de miner la capacité adverse à poursuivre sa stratégie militaire.

Syria scud

Assiste-t-on à l’emploi d’une telle stratégie en Syrie par les forces gouvernementales?

De plus en plus d’indices le laissent à penser. En effet, les civils syriens sont de plus en plus l’objet d’attaques directes avec une escalade dans l’échelle des moyens employés.

En août 2012, ils étaient, à plusieurs reprises, victimes de bombardements, alors qu’ils se trouvaient dans des files d’attente devant des boulangeries. Si quelques combattants de l’Armée Syrienne Libre étaient présents pour assurer la sécurité, il n’y avait, a priori, pas d’objectifs militaires susceptibles de justifier des bombardements indiscriminés. Ainsi, des bombardements à proximité d’une boulangerie dans la ville d’Alep ont fait 49 morts identifiés, 11 non identifiés et 76 blessés le 16 août 2012.

En outre, des preuves et des témoignages font état de l’utilisation de bombes à sous-munitions dans des zones peuplées. Par exemple, en juillet 2012, l’ONG HRW a identifié des bombes de série RBK-250 de fabrication soviétique dans la province d’Hama. Il convient de rappeler qu’une arme à sous-munitions désigne « une munition classique conçue pour disperser ou libérer des sous-munitions explosives dont chacune pèse moins 20 kilogrammes, et comprend ces sous-munitions explosives ». Cette arme est intrinsèquement indiscriminée puisque les sous-munitions peuvent se répandre sur une zone de la taille d’un terrain de football. De plus, elles peuvent ne pas exploser à l’impact constituant alors des « bombes à retardement » pour les populations environnantes. Elles sont interdites par la Convention d’Oslo de 2008.

Par ailleurs, les forces gouvernementales semblent avoir employées des bombes incendiaires dans au moins quatre localisations sur le territoire nationale depuis novembre 2012. On entend par arme incendiaire « tout arme ou munition essentiellement conçue pour mettre le feu à des objets ou pour infliger des brûlures à des personnes par l’action des flammes et de la chaleur, que dégage une réaction chimique d’une substance lancée sur la cible ». Par exemple, des témoignages vidéos font état de l’emploi de telles armes dans la banlieue de Damas, à Daraya. Là encore, ce type d’arme est strictement interdit par le droit international humanitaire lorsqu’il a pour objet la population civile ou un objectif militaire situé à l’intérieur d’une concentration civile.

Enfin, le New York Times a récemment fait état de l’emploi de missiles Scud par les forces gouvernementales. Ces tirs ont eu lieu lundi 10 décembre depuis la base aérienne d’An Nasiriyah, au nord de Damas. La cible était la base rebelle de Sheikh Suleiman, au nord d’Alep. L’utilisation de ces missiles imprécis ne semble pas conforme à l’obligation de « prendre toutes les précautions pratiquement possibles quant au choix des moyens et méthodes d’attaque en vue d’éviter et, en tout cas, de réduire au minimum les pertes en vies humaines dans la population civile, les blessures aux personnes civiles et les dommages aux biens de caractère civil qui pourraient être causés incidemment ».

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