Les drones sous le feu de la critique.

Alors qu’Al-Qaïda subit une série d’attaques au Pakistan depuis une semaine, c’est le programme de drones lui-même qui essuie le feu de la critique jusqu’au sein même de l’administration Obama.

Mc Crystal

Selon Winslow Wheeler sur Foreign Policy, les défenseurs des drones entretiennent un mythe qui ne correspond pas à la réalité. En Afghanistan, que certains qualifient de « guerre des drones », les États-Unis ont conduit 1505 sorties air-sol durant les onze premiers mois de l’année 2012. Au total, 3886 munitions ont été larguées au cours de ces sorties, 3439 par des avions pilotés, 447 par des drones.  Ceux-ci ne sont responsables que de 11,5% des sorties aéroterrestres.

En 2011, ce chiffre était encore plus dérisoire. Sur les 5117 munitions larguées en 2011, seules 294 l’ont été par des drones, soit 5,4% du total.

Pire, ces engins ne seraient pas les outils de précision tant vantés. En effet, leur capacité d’emport est limité, ce qui restreint la variété des munitions utilisables. Par exemple, le Reaper ne peut transporter que deux types de bombes: le Hellfire et la GBU-12. Tous les deux sont guidés par laser. De son côté, l’avion piloté dispose d’un panel plus varié, dont des JDAM guidés par GPS qui ne sont pas soumises aux contraintes climatiques des armes guidées par laser. Le drone le plus performant en terme de capacité d’emport est le MQ-9 Reaper. Or, elle correspond à un neuvième à un quart de celle d’un A-10 ou d’un F-16.

Michael Boyle, ancien conseiller d’Obama en matière de lutte anti-terroriste, s’est livré à une critique cinglante de l’usage des drones dans le cadre de la « guerre contre le terrorisme ». Il remet en cause la croyance selon laquelle cet instrument permettrait de réduire les dommages collatéraux. En fait, c’est la méthode de décompte de ces derniers qui permettrait de les diminuer. En effet, la « culpabilité par association » permet de classer tous les hommes en âge de porter une arme dans une zone de frappe dans la catégorie des « militants ».

Si ces attaques ont généré des succès tactiques en tuant des dirigeants d’Al-Qaïda, la multiplication des signature strike génère des effets stratégiques contre-productifs. Elle engendre la colère des populations locales à la fois contre les États-Unis mais aussi contre les gouvernements locaux qui se servent du programme américain pour se débarrasser de leurs propres ennemis.

Enfin, le Général McChrystal, ancien Commandant de l’ISAF en Afghanistan, a également fait part de ses inquiétudes au sujet des répercussions des frappes de drones sur les populations locales touchées mais aussi sur l’opinion publique mondiale. La possibilité de frapper « n’importe où à n’importe quel moment » nourrirait la perception d’une « arrogance américaine », affectant ainsi la stratégie globale de ces attaques.

Selon les données du Bureau of investigative journalism, le nombre total d’opérations américaines confirmées (drones plus forces spéciales) au Pakistan, au Yémen et en Somalie s’élèveraient à 87 et 94.  L’organisation comptabilise entre 459 et 1144 victimes dont 26 à 116 civils.

Le programme de drones est toujours couvert par le secret. Mercredi dernier, un juge fédéral a refusé de divulguer le memorandum contenant les motifs juridiques de l’élimination d’Anwar Al-Aulaqi en réponse à une action en justice du New York Times et de l’American Civil Liberties Union.

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