Les considérations politiques dans le choix de l’option létale sur la capture dans la « guerre contre le terrorisme ».

A plusieurs reprises, les autorités américaines ont déclaré privilégier la capture de l’individu supposé terroriste sur l’option létale. John Brennan, le nouveau directeur de la CIA et ancien conseiller du Président Obama en contre-terrorisme, défendait ce point de vue en citant l’exemple d’Ahmed Warsame, un Shebbab lié à Al-Qaïda Péninsule arabique, capturé alors qu’il était en route pour la Somalie. Le Secrétaire à la Justice Eric Holder ne disait pas autre chose deux mois auparavant dans un discours à la Northwestern University Law School. Ces déclarations ont récemment été confirmées dans le livre blanc relatif  à la légalité des opérations létales dirigées contre un haut dirigeant opérationnel d’Al-Qaïda ou d’une force associée, et citoyen américain. S’il existe une obligation de capture, encore faut-il que celle-ci soit possible.

Sulaiman Abu Ghaith devant le juge Lewis Kaplan à la Cour fédérale de New York le 8 mars 2013.

Sulaiman Abu Ghaith devant le juge Lewis Kaplan à la Cour fédérale de New York le 8 mars 2013.

  • Éliminer les risques politiques.

Le DOJ white paper évoque la possibilité d’une « fenêtre d’opportunité » ou les risques pesant sur le personnel militaire américain. En pratique, le choix se fait sur des considérations beaucoup plus politiques. Dans bon nombre de cas, opérer une frappe de drone est l’option la moins compliquée politiquement. Cela vaut à la fois pour les États-Unis et pour le pays sur le territoire duquel a lieu l’opération. Par exemple, la capture d’Anwar Al-Aulaqi n’aurait pas été possible en septembre 2011 sans que la présence des troupes américaines sur le sol yéménite ne suscite des troubles parmi la population. De même, le Président de l’époque Ali Abdullah Saleh, ne pouvait pas envoyer son armée au risques de s’aliéner l’opinion publique. L’arrivée au pouvoir du nouveau Président, Abdu Rabbu Mansour Hadi, n’a rien changé puisque les Américains ont pu éliminer un militant proche d’Al-Qaïda, Adnan al-Qadhi, pas loin de la capitale Sana, alors même que, selon les voisins, la capture de l’individu était possible.

Ces considérations politiques semblent avoir motivées la CIA dans sa mutation en une organisation « paramilitaire » durant la « guerre contre le terrorisme » selon Mark Mazetti. Tout d’abord, celui-ci révèle l’existence d’un accord entre la CIA et les services de renseignement pakistanais (Inter-services Intelligence ou ISI) chargeant la première d’éliminer un certain « Mr. Muhammad », un allié pakistanais des Talibans menant une rébellion tribale au Pakistan, en échange d’un accès à l’espace aérien vers les zones tribales.

  • De la capture à l’option létale.

Par ailleurs, la transformation de l’agence est la conséquence d’un rapport interne portant sur le programme de détention et d’interrogation. Il pointait notamment les conséquences politiques désastreuses à long terme de l’emploi des techniques dites « d’interrogatoire avancée » dans les prisons secrètes de la CIA. Il dénonçait « l’incapacité du gouvernement Américain à décider de ce qu’il adviendrait des terroristes détenus par l’agence ».

Dès lors, la possibilité d’éliminer les terroristes à distance offrait une alternative intéressante dans cette « guerre secrète » en supprimant à la fois les risques pour la sécurité du personnel américain ainsi que les risques politiques. Cette alternative allait devenir la norme non sans débats houleux entre les partisans de l’option létale et les « anciens » attachées en priorité aux missions de renseignement. Il n’empêche qu’au moins 136 détenus interrogés ont été torturés; entre 3500 et 4700 ont été tués en-dehors du champ de bataille.

  • Un retour aux missions de renseignement et à la capture?

Il n’est pas exclu que celles-ci redeviennent la norme comme en témoigne l’arrestation de Sulaiman Abu Ghaith, le beau-fils d’Oussama Ben Laden, porte-parole et fundraiser d’Al-Qaïda, le mois dernier en Jordanie. Cette capture symbolise peut-être un ralentissement dans les frappes de drones comme le confirme les chiffres. Il n’y aurait eu que onze frappes depuis le début de l’année au Pakistan selon le Long War Journal, a priori loin des bases qui ont conduit aux 117 frappes en 2010, 64 en 2011 et 46 en 2012. Il n’y aurait eu aucune opération au Yémen depuis le mois de janvier selon le Bureau of Investigative Journalism.

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