La quadrature du cercle humanitaire en Syrie.

Le 29 janvier 2013, l’ONG Médecins sans frontières a jeté un pavé dans la mare en dénonçant l’incapacité du système d’aide humanitaire actuel à répondre aux besoins de l’ensemble de la population syrienne. L’aide n’atteindrait que les habitants de Damas. Elle serait essentiellement le fait du Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et des Nations Unies en partenariat avec le Croissant Rouge Syrien, seule organisation autorisée par le gouvernement de Bachar al-Assad à distribuer de l’aide.  Dès lors, seule une fraction de cette dernière toucherait les zones défendues par l’opposition. MSF critique le principe d’impartialité qui est au cœur de l’aide humanitaire. En l’espèce, il serait « insuffisant » pour assister la population syrienne à l’intérieur du pays et les réfugiés dans les pays voisins.

Un camp jordanien de réfugiés syriens à deux kilomètres de la frontière syrienne.

Deux mois plus tard, Pierre Krähenbühl, directeur des opérations au CICR, répondait à cette critique en remettant en cause le diagnostic fait par MSF et d’autres ONG. L’idée selon laquelle seule une infime partie de l’aide atteindrait les zones tenues par l’opposition n’est pas fondée. En outre, il n’y a pas de division nette entre les zones  gouvernementales et celles contrôlées par les rebelles. La réalité est à la fois plus fluide et plus complexe. Les combats urbains rendent les lignes de front extrêmement volatiles. Un quartier tenu par les forces pro-gouvernementales peut vite tomber sous la férule des groupes d’opposition. Si le CICR partage la conviction qu’il faut plus d’aide aux populations, il refuse de distinguer entre des « bons civils » et des « mauvais civils » selon leur localisation.

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Éthique de la distance.

L’être humain aurait une aversion naturelle pour le meurtre. Au cours de  la Seconde Guerre Mondiale, seules 15 à 20% des troupes au sol américaines ont tiré sur l’ennemi. Lors de la bataille de Wiessembourg de 1870, la défense française a tiré 48000 coups pour toucher 404 Allemands, avec un ratio d’un touché pour 119 coups tirés. Très souvent, les soldats ont tiré en l’air. Il leur arrivait de fuir. La plupart du temps, l’affrontement ne conduisait pas à la violence. La posture suffisait, aboutissant à la débandade de l’adversaire.

Résistance au meurtre et distance physique.

Pourquoi est-il difficile de tuer?

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L’école comme objectif militaire.

Les écoles, collèges, lycées, universités ainsi que les enseignants, et l’ensemble du personnel éducatif sont de plus en plus la cible d’attaques armées dans les conflits contemporains. Selon un rapport de l’UNSECO, elles sont passées de 242 à 670 en Afghanistan de 2007 à 2008. En août 2008, durant le conflit opposant la Russie et la Géorgie, 127 établissements d’enseignements ont été détruits ou endommagés. Plus de 300 bâtiments de ce type ont été endommagé durant l’opération israélienne « Plomb durci » dans la bande de Gaza au tournant des années 2008/2009.

Un jeune syrien au milieu d’habitations détruites dans la ville d’Azaz, au nord de la Syrie.

L’actuel conflit syrien n’est pas en reste. Selon le ministère syrien de l’éducation, on comptabilisait 2362 écoles endommagées ou pillées en décembre 2012. 1468 ont été employées pour accueillir les personnes internes déplacées. Pour le Syria’s local coordination committee, un réseau d’opposants activistes, 3873 écoles ont été endommagées à travers le pays, parmi lesquelles 450 ont été complètement détruites. Ces chiffres sont tirés du dernier rapport de Human Rights Watch sur la Syrie intitulé Students and schools under attack in Syria.

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Entre maintien de l’ordre, légitime défense et conflit armé : la mise en place d’un droit sui generis dans la lutte contre le terrorisme par les États-Unis.

Cet article est initialement paru sur le site Multipol.

Lors d’un discours très attendu à la National Defense University le 23 mai 2013,  le Président américain s’est exprimé longuement sur ses choix en matière de lutte contre le terrorisme, notamment l’usage de la force en-dehors des zones de conflit armé. Parallèlement, un guide sur ce sujet, composé de directives, de mécanismes de contrôle et de responsabilité, était publié.

Le Président Barack Obama lors de son discours à la National Defence University le 23 mai 2013.

Ces deux évènements constituent un véritable tournant dans la communication de l’administration américaine sur cette question. Pendant longtemps, elle a agi prudemment, distillant les informations au compte-goutte, et toujours de façon indirecte par le biais de conseillers gouvernementaux ou de fuites savamment organisées. Cette attitude était conforme au caractère clandestin de ces opérations, pour la plupart exécutées par la CIA. Pourtant face aux critiques internes et externes au pays, émanant parfois des plus hautes autorités de l’establishment politique et militaire, l’administration américaine ne pouvait plus rester longtemps dans l’opacité.

Révélé à l’occasion de la campagne présidentielle de 2012, le guide à l’usage des frappes létales en-dehors des zones d’hostilité active est publié à la faveur d’un contexte de baisse du nombre d’attaques de drones et de l’annonce, pour certains, d’un changement dans la lutte contre le terrorisme.

Ce début de transparence, s’il n’apporte rien de fondamentalement nouveau, confirme les éléments épars disponibles jusqu’à présent. Les États-Unis mettent en place un droit sui generis de la lutte contre le terrorisme entre maintien de l’ordre et conflit armé, motivé par la légitime défense. En dépit de la clarification opérée par ce document, des questions demeurent.

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