La population civile prise dans le feu croisé du conflit afghan

Deux tendances peuvent être dégagées du bilan dressé par la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (United Nations Assistance Mission in Afghanistan ou UNAMA) sur les conséquences civiles du conflit afghan pour la première moitié de l’année 2014. D’un point de vue quantitatif, on assiste à une hausse des dommages civils, confirmant la tendance observée en 2013. Ainsi, 4 853 dommages civils ont été comptabilisés de janvier à juin 2014, soit 1 964 morts et 3 289 blessés. Au total, il s’agit d’une hausse de 24% par rapport à la même période en 2013 ; cette hausse est de 17% pour les décès et 28% pour les blessés. Les femmes et les enfants paient un lourd tribut. Concernant les premières, 148 sont mortes et 292 blessées au cours des six premiers mois de 2014, ce qui correspond à une hausse de 24% par rapport à 2013. S’agissant des seconds, on déplore 295 décès et 776 blessés, soit une hausse de 34%.

Civilian deaths

  • Des engagements terrestres meurtriers

D’un point de vue qualitatif, cette augmentation est principalement liée à celle des engagements terrestres entre les éléments anti-gouvernementaux (EAG) et les forces de sécurité nationale afghanes (FSNA). 1 901 dommages civils (474 morts et 1 427 blessés) sont liés à ce type d’opération, soit une augmentation de 89% par rapport à 2013. Il s’agit de la source principale de dommages civils pour la première moitié de 2014, comptant pour 39% du total, alors que cette place était occupée jusqu’à présent par les engins explosifs improvisés (IED). Par exemple, en 2013, ils étaient la cause de 34% des dommages civils.

Bien que relégués en seconde position, les IED continuent de faire des ravages au sein de la population civile. On compte 1 463 dommages civils (463 morts et 1 000 blessés) causés par cette arme pour la première moitié de 2014, soit une augmentation de 7% par rapport à la même période en 2013 (et ce pour la sixième année consécutive). Il s’agit du plus grand nombre de dommages civils par IED depuis 2009. Il convient de rappeler que l’emploi de ce type d’arme révèle un usage indiscriminé de la force, ces engins étant employés sur les routes, les marchés et autres lieux publics. Les IED contrôlés à distance sont symptomatiques de cette stratégie indiscriminée: alors que ses effets peuvent être contrôler pour épargner la population civile, les dommages civils causés par ce type d’arme ont augmenté de 13%. Avec 150 morts et 487 blessés, ils représentent 13% de l’ensemble de ces dommages.

Tactic

  • Constante

Face à ces changements, on observe une constante : les dommages civils relèvent pour l’essentiel des EAG (à 74%. Il s’agit du même pourcentage qu’en 2013). 9% sont le fait des forces pro-gouvernementales (FPG), dont 8% des FSNA et 1% des forces militaires internationales (FMI), 12% des engagements terrestres non attribués, 4% des restes explosifs de guerre et 1% des bombardements frontaliers du Pakistan en Afghanistan. Comparé aux six premiers mois de 2009 (période à partir de laquelle l’UNAMA a documenté de façon systématique les dommages civils en Afghanistan), le nombre de civils tué par les EAG a doublé en 2014 (de 599 à 1208) alors que le nombre de civils tués par les FPG a été quasiment divisé par deux (de 302 à 158). Ces pertes ne sont pas forcément des « dommages collatéraux » non intentionnels. L’UNAMA note que sur les 147 attaques revendiquées par les Talibans en 2014, 69 ont visé délibérément des civils. 405 dommages civils (247 morts et 158 blessés) sont le fait d’assassinats délibérés de civils par des EAG. Ils visent notamment des sages, des membres du gouvernement, des mollahs et des professionnels de la Justice.

  • Désengagement international

S’agissant de la baisse des victimes civiles causées par les opérations des FMI, elle est principalement liée à une baisse des dommages civils liés aux opérations aériennes. Alors qu’en 2011, par exemple, les bombardements aériens faisaient 187 morts parmi les civils, ils en font 25 au cours de la première moitié de 2014, auxquels il convient d’ajouter 14 blessés. C’est une baisse de 58% par rapport à la même période en 2013. Elle est liée au retrait des forces internationales remplacées progressivement par les FSNA.
L’augmentation des dommages civils liés aux engagements terrestres entre EAG et FPG découle justement de ce retrait des forces internationales. L’UNAMA constate que « la fermeture et le transfert de plus de 86 bases de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) a eu un impact sur la protection des civils » (p. 7). La mission observe dans certaines zones un lien direct entre fermeture de base et augmentation des dommages civils. Les années précédentes, ces bases, en plus des opérations terrestres et aériennes de la FIAS, ont empêché le mouvement des EAG vers les zones les plus peuplées. En réponse à cette présence et à cette mobilité accrues des EAG dans certains districts, les forces afghanes ont lancé des opérations pour protéger le territoire, augmentant les risques pour la population civile, ce qui s’est traduit par une augmentation des dommages civils. En outre, selon l’UNAMA, cette insécurité se nourrit d’un environnement politique incertain en raison notamment de l’absence d’accord bilatéral de sécurité entre le pays et les États-Unis sensé régir les conditions du maintien dans le pays d’une présence militaire américaine après 2014 (date du retrait militaire américain). Cette incertitude pousse les EAG à provoquer les FPG dans certaines zones, en vue du contrôle de routes et d’emplacements importants. Enfin, les deux Parties se reposent souvent sur des tactiques de combat à distance (tirs de mortier, roquettes) afin d’éviter des pertes mais aux dépens des populations civiles.

Une réflexion sur “La population civile prise dans le feu croisé du conflit afghan

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s