Kill chain

Dans Kill chain. The rise of the high tech assassins, le journaliste Andrew Cockburn retrace la généalogie des opérations contre-terroristes menées voilà plus d’une décennie par les États-Unis contre les organisations terroristes que ce soit sur des théâtres de guerre qu’en-dehors des zones d’hostilités actives. Elles sont globalement le résultat de deux évolutions convergentes de la conception américaine de la guerre.

Kill chain

Tout d’abord, il y a la recherche constante d’une capacité omnisciente de ce qui se passe sur le champ de bataille afin de frapper les objectifs militaires pertinents perçcus comme susceptibles de faire tomber l’ennemi. L’auteur revient notamment en détail sur un épisode : le projet « Igloo white » de la fin des années 60 et du début des années 70, du nom de cette barrière électronique bardée de capteurs chargée de détecter, d’identifier et de neutraliser les mouvements de troupes vietcongs dans la jungle. Ambitieux (il était même prévu de faire intervenir des drones), ce projet allait s’avérer être un échec. En fait, il portait déjà les germes des déconvenues à venir, soit une guerre automatisée reposant sur une masse d’informations recueillie par une technologie de pointe, afin de mieux identifier les « nœuds critiques » susceptibles de faire tomber l’ennemi mais finalement éloigné des réalités de la guerre avec tout ce qu’elle peut contenir d’aléas, de « frictions » sans compter le comportement de l’adversaire.

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Quelle certitude dans l’identification de l’objectif visé?

Dans quelle mesure les belligérants d’un conflit armé doivent être certains que l’objectif visé dans une attaque est bien militaire ?

Telle est la question que l’on pourrait se poser devant certaines méthodes qui seraient employées par les États-Unis pour identifier les cibles objets de frappes de drones dans leur « guerre » contre le terrorisme. Dans leur première publication pour la plateforme The Intercept, les journalistes Glenn Greenwald (connu pour avoir publié les révélations d’Edward Snowden sur les pratiques de la National Security Agency) et Jeremy Scahill (spécialiste du contre-terrorisme américain, auteur du livre et du documentaire Dirty Wars) se penchent sur le rôle de la National Security Agency (NSA) dans le programme d’assassinats ciblés des États-Unis.

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L’après-guerre contre le terrorisme

Les forces spéciales américaines ont conduit deux raids de façon quasi simultanée vendredi 4 octobe 2013. En Somalie, dans la ville côtière de Barawe, les Navy Seals ont tenté de capturer Abdulkadir Mohamed Abdulkadir, un kényan soupçonné d’être un dirigeant des shebabs. Après un échange de tirs nourris, ils se sont retirés dès lors qu’il apparaissait impossible de capturer la cible vivante, le tout sans commettre de dommages substantiels à la population civile environnante . A Tripoli, en Libye, les Delta Force ont capturé avec succès Abu Anas al-Libi, de son vrai nom Nazih Abdul Hamed al-Raghie, inculpé par le tribunal fédéral de Manhattan pour son rôle présumé dans les attentats contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya. Il est actuellement détenu dans un navire américain, le U.S.S. San Antonio, en mer Méditerranée, où il est interrogé avant d’être envoyé devant la justice américaine.

Les Navy Seals en action.

Certains ont vu dans ces opérations un « tournant » dans la lutte contre le terrorisme, annonçant une « nouvelle norme » privilégiant la capture sur la force létale. Il est peut-être encore trop tôt pour se prononcer sur ce point. Depuis le début de l’année il y aurait eu 45 attaques de drones au Pakistan et au Yémen tuant approximativement 209 personnes, contre une capture. On peut d’ailleurs s’interroger sur les conséquences réelles d’un tournant dans les opérations contre-terroristes américaines.

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Entre maintien de l’ordre, légitime défense et conflit armé : la mise en place d’un droit sui generis dans la lutte contre le terrorisme par les États-Unis.

Cet article est initialement paru sur le site Multipol.

Lors d’un discours très attendu à la National Defense University le 23 mai 2013,  le Président américain s’est exprimé longuement sur ses choix en matière de lutte contre le terrorisme, notamment l’usage de la force en-dehors des zones de conflit armé. Parallèlement, un guide sur ce sujet, composé de directives, de mécanismes de contrôle et de responsabilité, était publié.

Le Président Barack Obama lors de son discours à la National Defence University le 23 mai 2013.

Ces deux évènements constituent un véritable tournant dans la communication de l’administration américaine sur cette question. Pendant longtemps, elle a agi prudemment, distillant les informations au compte-goutte, et toujours de façon indirecte par le biais de conseillers gouvernementaux ou de fuites savamment organisées. Cette attitude était conforme au caractère clandestin de ces opérations, pour la plupart exécutées par la CIA. Pourtant face aux critiques internes et externes au pays, émanant parfois des plus hautes autorités de l’establishment politique et militaire, l’administration américaine ne pouvait plus rester longtemps dans l’opacité.

Révélé à l’occasion de la campagne présidentielle de 2012, le guide à l’usage des frappes létales en-dehors des zones d’hostilité active est publié à la faveur d’un contexte de baisse du nombre d’attaques de drones et de l’annonce, pour certains, d’un changement dans la lutte contre le terrorisme.

Ce début de transparence, s’il n’apporte rien de fondamentalement nouveau, confirme les éléments épars disponibles jusqu’à présent. Les États-Unis mettent en place un droit sui generis de la lutte contre le terrorisme entre maintien de l’ordre et conflit armé, motivé par la légitime défense. En dépit de la clarification opérée par ce document, des questions demeurent.

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Processus de ciblage de la lutte contre le terrorisme: la « guerre des bureaucrates ».

Le blog Lawfare a publié cette semaine une série de billets importants de Gregory McNeal, spécialiste de sécurité internationale et Professeur à l’Université de Pepperdine, sur le processus de ciblage employé par les Américains dans leur lutte contre le terrorisme. Le premier porte sur le processus de constitution d’une kill-list. Le second traite de l’analyse des réseaux terroristes dans le choix des cibles. Le troisième est consacré à l’examen et à la validation de l’objectif. Nous nous pencherons ici sur les deux premiers billets.

Maya

McNeal souligne le rôle fondamental de la bureaucratie dans la constitution d’une kill-list. Les deux éléments sont indissociables. En effet, seule une bureaucratie dispose des compétences et des structures pour produire l’information et les renseignements nécessaires pour accomplir cette tâche.

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Diverses remarques sur le « white paper » donnant une base légale aux assassinats ciblés visant les dirigeants terroristes citoyens américains.

Alors que le Président Obama a autorisé au Congrès l’accès aux informations classées relatives aux justifications des frappes ciblant des dirigeants d’Al-Qaïda ayant la citoyenneté américaine, la divulgation d’un « white paper » sur le sujet cette semaine a fait couler beaucoup d’encre. Certaines réactions ont donné lieu à des remarques intéressantes.

brennan audition

Tout d’abord, Micah Zenko rappelle que la question de l’élimination de dirigeants d’Al-Qaïda citoyens américains se posent depuis au moins la fin 2009. En effet, c’est le moment où Al-Aulaqi a été placé sur les « kill-lists » de la CIA et du Joint Special Operations Command (JSOC). Par contre, le mémorandum de justification n’a été élaboré que quelques mois plus tard en juin 2010.

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Frappes de drones: l’analyse et les recommandations du Council of foreign relations.

« Si nous voulons que les autres Nations emploient ces technologies de manière responsable, nous devons agir de façon responsable » (John Brennan, 30 avril 2012).

Dans un rapport écrit pour le Council on foreign relations, Micah Zenko dresse un inventaire des problèmes politiques et juridiques qui entachent les frappes de drones américaines. Puis, il fait un certain nombre de recommandations afin d’améliorer la « gouvernance » de ce programme.

Drone 2013

Cette technologie est à l’origine de 95% des éliminations ciblées conduites depuis le 11 septembre 2001 en-dehors d’un théâtre de guerre. Le reste a été opéré par des forces spéciales, des AC-130 et des missiles de croisière. Georges W. Bush a autorisé 50 attaques ciblées par des drones en-dehors d’un champ de bataille, soit plus qu’aucun autre de ses prédécesseurs.  Barack Obama en a, pour l’instant, conduit sept fois plus.

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Les drones sous le feu de la critique.

Alors qu’Al-Qaïda subit une série d’attaques au Pakistan depuis une semaine, c’est le programme de drones lui-même qui essuie le feu de la critique jusqu’au sein même de l’administration Obama.

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Selon Winslow Wheeler sur Foreign Policy, les défenseurs des drones entretiennent un mythe qui ne correspond pas à la réalité. En Afghanistan, que certains qualifient de « guerre des drones », les États-Unis ont conduit 1505 sorties air-sol durant les onze premiers mois de l’année 2012. Au total, 3886 munitions ont été larguées au cours de ces sorties, 3439 par des avions pilotés, 447 par des drones.  Ceux-ci ne sont responsables que de 11,5% des sorties aéroterrestres.

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« Disposition matrix »: le traitement gradué de la menace terroriste.

The Atlantic vient de mettre en ligne un article signé Daniel Byman et Benjamin Wittes sur le fonctionnement de disposition matrix, cette base de données continuellement mise à jour sur des personnes suspectes de terrorisme et préconisant les actions susceptibles d’être opérées contre elles.

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L’article étudie le cas spécifique du citoyen américain afin de montrer l’étendue des actions possibles contre lui. L’emploi controversé de la force létale constitue l’étape ultime. Avant de la franchir, les États-Unis dispose d’un panel d’actions non létales dont le caractère militaire monte en intensité à mesure que les options diminuent et que la menace augmente. Dès lors, on peut constater que les mesures de maintien de l’ordre et le traitement pénal du terrorisme tiennent une place importante dans la « guerre » des États-Unis contre celui-ci. Inversement, les actes militaires semblent constituer une mesure d’exception, lorsque les autres moyens ont échoué.

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La guerre sans tuer: la question des armes non létales.

Dans un article paru dans Slate, Fritz Allhoff, professeur agrégé à la Western Michigan University, se demande pourquoi les armes non létales ne sont pas tolérées en situation de conflit armé. Il y a un double paradoxe. D’une part, le droit international humanitaire permet de tuer mais pas de réduire la cible à une situation d’incapacité. D’autre part, certaines armes non létales sont prohibées alors qu’elles sont tolérées dans le cadre du maintien de l’ordre.

En vertu de l’article 35 2) du Protocole Additionnel I aux Conventions de Genève (PAI), « il est interdit d’employer des armes, des projectiles et des matières ainsi que des méthodes de guerre de nature à causer des maux superflus ». Selon le commentaire de cet article, il s’agit « d’éviter aux combattants des maux et des souffrances qui dépassent ce qui est nécessaire pour mettre l’adversaire hors de combat ». Ainsi, les armes qui provoquent des « maux inutiles », correspondant à « un emploi irrationnel de la violence » sont prohibées. Par exemple, on peut citer les « balles «dum-dum» (…) qui s’épanouissent ou s’aplatissent facilement dans le corps humain ». On peut ajouter le poison, les substances destinées à enflammer la blessure, les gaz asphyxiants ou délétères, les baïonnettes en dents de scie ou encore les lances à pointes barbelées. D’autres armes ont fait l’objet d’interdiction spécifique. Ainsi, le protocole relatif aux éclats non localisables du 10 octobre 1980 « interdit d’employer toute arme dont l’effet principal est de blesser par des éclats qui ne sont pas localisables par rayons X dans le corps humain ». Il en est de même des mines et des armes incendiaires.

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