Les défis contemporains du ciblage

Dans un ouvrage collectif récent, Michael Schmitt, Paul Ducheine et Franz P. B. Osinga fournissent un éclairage complet sur une notion inhérente à la guerre : le ciblage. Une lecture incontournable pour qui veut saisir, entre autres, les enjeux des bombardements aériens actuellement menés en Syrie et en Irak.

Intitulé Targeting : the challenges of modern warfare, le livre se présente comme une étude multidisciplinaire sur le ciblage. Celui-ci peut se définir comme « l’application délibérée de capacités contre des cibles pour générer des effets afin d’atteindre des objectifs spécifiques. Il s’agit de l’application de moyens de guerre (des armes) pour atteindre des cibles (personnes ou objets) en utilisant une variété de méthodes (tactiques) qui créent des effets contribuant aux buts planifiés » (p. 2). Le ciblage n’est rien moins que le « pont entre les fins et les moyens de la guerre » (p. 2). C’est pourquoi son étude est salutaire que ce soit au niveau du monde universitaire que du grand public, toujours plus exposé au spectacle de la « souffrance à distance ». En effet, les auteurs ont pour ambition de pallier aux insuffisances du débat public au sujet des opérations de guerre afin de le propulser à un niveau « mature et sophistiqué » (p. 4).

Targeting

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Règle de droit, droit international et contre-insurrection

Dans son dernier discours sur l’État de l’Union, le Président américain Barack Obama a évoqué la stratégie conduite par les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme. Il a notamment déclaré ceci :

« Au lieu d’avoir des Américains patrouillant en Afghanistan, nous avons entraîné leurs forces de sécurité, qui ont maintenant pris les devants, et nous avons honoré le sacrifice de nos troupes en soutenant la première transition démocratique de ce pays. Au lieu d’envoyer de nombreuses forces terrestres à l’étranger, nous avons conclu des partenariats avec les Nations d’Asie du sud et d’Afrique du Nord pour priver les terroristes menaçant l’Amérique de sanctuaires. En Irak et en Syrie, le leadership américain – comprenant notre puissance militaire – a arrêté l’avancée de l’État islamique. Au lieu de s’enliser dans une autre guerre terrestre au Moyen-Orient, nous menons une grande coalition, avec des Nations arabes, pour entamer et finalement détruire ce groupe terroriste ».

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Les dessous du ciblage dans la guerre en Afghanistan : le cas des trafiquants de drogue

Alors que la majorité des troupes américaines ont quitté l’Afghanistan, le journal allemand Der Spiegel révèle la façon dont ont été conduites les éliminations ciblées au cours de cette guerre. En effet, le journal allemand a eu accès à des documents classés présentant les procédures suivies et les critères utilisés dans le cadre de ces opérations.

drug trafficker

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Légitime défense et cyberattaque à la lumière du manuel de Tallinn

Du 4 au 5 septembre 2014, s’est tenu le dernier sommet de l’OTAN au Pays de Galles principalement consacré à l’ « instabilité croissante » en Ukraine, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ainsi qu’ « aux menaces transnationales et multidimensionnelles [qui] compromettent également notre sécurité ». Une partie du communiqué finale est consacrée aux cyberattaques et aux cybermenaces. Il indique notamment que « la cyberdéfense relève de la tâche fondamentale de l’OTAN qu’est la défense collective. Il reviendrait au Conseil de l’Atlantique Nord de décider, au cas par cas, des circonstances d’une invocation de l’article 5 à la suite d’une cyberattaque ».

Dirigeants des pays membres de l'OTAN lors d'un défilé aérien au dernier sommet de l'OTAN au pays de Galles le 5 septembre 2014

Dirigeants des pays membres de l’OTAN lors du dernier sommet au pays de Galles le 5 septembre 2014

Il convient de rappeler que l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord porte sur les conditions du droit de légitime défense en cas d’attaque d’un ou de plusieurs de ses membres. Ainsi,

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La zone d’hostilité active: une nouvelle géographie de la guerre?

Après plus de sept semaines de pause, les attaques américaines de drones ont repris avec une certaine intensité au Yémen le 27 juillet 2013. Ces frappes ont fait suite à l’interception de communications électroniques révélant la menace d’attentats par Al-Qaïda. Les autorités américaines ont alors été conduites à fermer plusieurs de leurs ambassades et consulats à travers le monde.

Les forces de sécurité yéménites ont bloqué l’accès à l’ambassade américaine de Sanaa le dimanche 11 août 2013

Plusieurs frappes de drones ont été répertoriées entre le 27 juillet et le 12 août 2013. Selon, le Bureau of investigative journalism, 33 à 53 militants supposés auraient été tués. Parmi les victimes, on comptabilise également quatre à six civils.  Pour autant, ces frappes n’auraient pas mis fin à la menace d’attentat. Si des cadres importants de l’organisation auraient été éliminés, certaines frappes se seraient révélées sans importance opérationnelle. De plus, aucun dirigeant de haut niveau n’a été touché.

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Les réseaux sociaux peuvent-ils constituer des objectifs militaires?

Nous connaissons le rôle joué par les réseaux sociaux dans l’organisation et la coordination des manifestations et des insurrections du Printemps arabe. Nous savons peut-être moins qu’ils ont servi à l’OTAN dans le ciblage des sites et des forces pro-gouvernementales libyennes lors de l’opération Protecteur unifié de 2011. Twitter a notamment constitué une « source ouverte » fournissant des informations sur de potentiels objectifs militaires. Des rebelles ont ainsi « tweeté » à l’OTAN des données relatives à la localisation de troupes, de véhicules, ou de bâtiments militaires appartenant à l’ennemi.

Si Kadhafi avait eu les moyens d’attaquer Twitter, aurait-il été en droit de le faire?

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Une cyber-opération constitue-t-elle un emploi de la force prohibé par la Charte des Nations Unies?

Le NATO Coopérative Cyber Defence Centre of Excellence, une organisation militaire internationale basée à Tallinn en Estonie, a mis en ligne cette année un manuel de droit international applicable à la cyberguerre, appelé « Manuel de Tallinn ». Ce manuel est le fruit de trois ans de travail d’un groupe international d’experts, composé de professeurs, de praticiens et de techniciens.

cyber opération

Bien qu’il n’existe aucune convention internationale en la matière, la cyberguerre n’est pas pour autant un « vide » normatif. La tâche du groupe international d’experts a justement été de montrer comment le droit international s’applique aux cyber-opérations tout en faisant ressortir la singularité de ces dernières.

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Peut-on attaquer un lieu de culte « diffusant des encouragements » aux combattants?

La commission d’enquête internationale sur la Libye apporte une réponse controversée à cette question dans son rapport du 2 mars 2012 sur le conflit libyen.

Au début du mois de mars 2011, les forces de Kadhafi se sont dirigées vers la ville de Zintan, au nord-ouest de la Libye. Une partie de ces forces ont tenté d’encercler la ville afin d’empêcher l’acheminement de l’aide aux insurgés en provenance de l’est. A cet effet, les forces de Kadhafi ont bombardé la ville avec des armes antiaériennes et des roquettes Grad.  La commission a pu visiter une mosquée endommagée par ces tirs en-dehors de la ville.

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La guerre de tous contre tous?

Selon certaines estimations, les drones de la taille d’un insecte seront opérationnels en 2030. Ils seront dotés de capacités de surveillance et létale. A terme, il est probable qu’ils puissent transporter des armes de destruction massive. Dans un récent essai, Gabriella Blum, professeur de droits de l’Homme et de droit international humanitaire à la Harvard Law School, imagine les répercussions politiques et juridiques possibles de ces nouvelles technologies.

Ainsi, ces nouvelles armes invisibles, anonymes et frappant à longue risquent de faciliter l’emploi de la violence entre individus. L’absence de risque d’être identifié ou d’être tenu pour responsable est susceptible de lever les inhibitions relatives à l’usage de la violence. Les frontières nationales seront rendues inopérantes. D’un côté, les technologies modernes rendent les individus plus vulnérables. De l’autre, elles les menacent tous.

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Eviter les dommages civils pour réussir la mission.

Une directive tactique du Commandement de l’ISAF récemment déclassifiée met l’accent sur la nécessité d’empêcher tous dommages civils lors des opérations de la coalition.

Le respect du principe de distinction est au cœur de la doctrine de contre-insurrection appliquée en Afghanistan. Ce n’est pas qu’une obligation juridique. Elle constitue un objectif primordial qui conditionne le succès des opérations car toute perte civile se fait « au détriment » des intérêts de la coalition ainsi que ceux du gouvernement afghan, et ce, même si les insurgés sont responsables. La population afghane est un « centre de gravité » qu’il faut, non pas détruire, mais préserver à tout prix.

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