Dommages civils et intervention humanitaire

La perspective d’une intervention militaire en Syrie, même si elle n’est pas à exclure, semble à présent éloignée. La proposition russe de mise sous surveillance et de neutralisation de l’arsenal chimique syrien a eu raison des rares velléités interventionnistes, essentiellement occidentales. L’absence d’objectifs politico-stratégiques clairs, la crainte de passer outre une résolution du Conseil de Sécurité en raison des vetos russes et chinois, le risque de conflagration régionale, la volonté de ne pas prendre partie tout en « punissant » le régime de Damas et la présence de mouvements terroristes au sein de la rébellion annonçaient une opération militaire complexe. Il convient également d’évoquer parmi ces obstacles la possibilité de commettre des dommages civils.

Carte retraçant la trajectoire des attaques chimiques du 21 août en fonction des données issues du rapport des Nations Unies.

L’élément déclencheur à l’idée d’une intervention en Syrie a été l’utilisation d’armes chimiques par les forces loyalistes le 21 août 2013 à la Ghouta, établie par les services de renseignement américain, français et par le rapport récent de la Commission d’enquête des Nations Unies (qui, s’il ne désigne pas de responsable, indique clairement, par les vecteurs utilisés et la trajectoire des tirs, que les forces loyalistes sont très certainement à l’origine de cette attaque). Une « ligne rouge » ayant été franchie, les auteurs de l’attaque devaient être « punis » pour avoir brisé un tabou. Sur le plan opérationnel, cette intervention devait prendre la forme de frappes ciblées sur des objectifs militaires de haute valeur pendant une durée limitée. Le message devait également servir d’avertissement à tous les dirigeants qui seraient tentés de faire de même à l’avenir. Même si elle ne constituait pas l’objectif premier, la protection de la population syrienne était en jeu, ne serait-ce qu’en dissuadant les forces loyalistes de recommencer.

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Le tabou des armes chimiques

L’usage supposé d’armes chimiques par les forces loyalistes syriennes[1] a suscité de vives réactions d’indignation chez un certain nombre de dirigeants politiques.  Pour le Premier Ministre britannique David Cameron, ces attaques sont « absolument odieuses ». Le Président français François Hollande veut « punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents ». Le Secrétaire d’État américain John Kerry a parlé d’« obscénité morale ». Le Secrétaire Général des Nations Unies Ban Ki-Moon s’est dit « scandalisé » par ces allégations. Le speaker du Parlement turque Cemil Ciçek a dénoncé un « crime contre l’humanité ».

L’enquête de l’ONU sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie est en cours.

Les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne sont à la manœuvre pour opérer des frappes de missile de croisière contre des objectifs militaires liés au régime de Damas. L’objectif est de punir ce dernier pour avoir violé le droit international.

Or, on pourrait s’interroger sur l’opportunité de cette réaction de force alors que le conflit a déjà fait plus de 100000 morts dont un grand nombre de civils faisant l’objet de bombardements indiscriminés. Les forces aériennes pro-gouvernementales ont employé des armes à sous-munitions, des bombes incendiaires et des missiles SCUD. Dans un certain nombre de cas, ces attaques contre la population ont été intentionnelles. Dans d’autres, les victimes civiles ont constitué des « dommages collatéraux » résultant d’une frappe imprécise visant initialement un objectif militaire. Pourtant, ces attaques n’ont jamais poussé la communauté internationale à réagir.
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