La violence qui vient

« Nous sommes à un moment unique dans l’histoire du Monde, celui dans lequel la distance ne vous protège pas et dans lequel vous avez à la fois un grand pouvoir et une grande vulnérabilité ». Tel est le leitmotiv selon lequel doit être repensé le débat sur la sécurité et sa gouvernance, selon Benjamin Wittes de la Brooking Institutions et Gabriella Blum, Professeure de droits humains et de droit humanitaire à Harvard, dans leur dernier livre The future of violence.

The future of violence
Cette nouvelle donne est impulsée par les technologies d’ « autonomisation des masses » rendant l’individu aussi menaçant et vulnérable que l’État, la société ou le groupe armé. Que ce soit internet, les biotechnologies ou encore la robotique, ces nouvelles technologies perturbent le cadre dans lequel la sécurité était pensée jusqu’à présent. Pour les auteurs, la société moderne n’en a pas complètement conscience. L’objet de ce livre est justement de fournir un cadre de réflexion sur ce sujet à l’adresse des politiques mais également des citoyens.

Lire la suite…

Publicités

De la précision à l’autonomie : la technologie, un facteur polémogène ?

Le Center for a New American Century vient de publier un rapport sur la guerre à l’ère robotique. Il décrit le changement opéré par l’avènement des plates-formes inhabitées sur l’art de la guerre. Le rapport parle de révolution technico-militaire. Celle-ci intervient lorsque de « nouvelles technologies militaires, concepts opérationnels et organisations se combinent pour produire des améliorations spectaculaires dans l’efficacité militaire et le potentiel de combat ». Dès lors, cette révolution met fin au régime militaire existant, défini comme « la façon dont est conduite la guerre sur une période temporelle stratégiquement cohérente ».

Atlas, un des robots humanoïde de Boston Dynamics

Atlas, un des robots humanoïdes de Boston Dynamics

« La possibilité de nier de façon plausible ».

Impact sur l’environnement social, remise en cause de la démocratie, anonymat, privatisation de la guerre, vulnérabilité des société modernes high tech… En une dizaine de minutes, le romancier Daniel Suarez expose, dans son intervention au TED, les conséquences possibles de l’autonomisation du champ de bataille, soit le fait pour les systèmes robotiques de procéder à une attaque létale sans qu’un humain intervienne dans la prise de décision.

On sera particulièrement attentif aux raisons pour lesquelles les humains seraient tentés de passer de systèmes pilotés à distance (comme les drones) à des systèmes autonomes:

Lire la suite…

Drone theory.

Les ouvrages philosophiques sur l’usage des drones dans la lutte contre le terrorisme en langue française sont suffisamment rares pour être mentionnés. Chercheur en philosophie au CNRS, Grégoire Chamayou vient de publier une théorie du drone aux éditions La fabrique.

L’auteur soumet le drone à une investigation philosophique. S’inspirant de Simone Weil, il étudie les moyens plutôt que les fins de la violence. Il souhaite « démontrer le mécanisme de la violence ». Il s’agit « moins de saisir le fonctionnement du moyen pour lui-même que de repérer, à partir de ses caractéristiques propres, quelles vont en être les implications en retour pour l’action dont il est le moyen ».

Lire la suite…

Diverses remarques sur le « white paper » donnant une base légale aux assassinats ciblés visant les dirigeants terroristes citoyens américains.

Alors que le Président Obama a autorisé au Congrès l’accès aux informations classées relatives aux justifications des frappes ciblant des dirigeants d’Al-Qaïda ayant la citoyenneté américaine, la divulgation d’un « white paper » sur le sujet cette semaine a fait couler beaucoup d’encre. Certaines réactions ont donné lieu à des remarques intéressantes.

brennan audition

Tout d’abord, Micah Zenko rappelle que la question de l’élimination de dirigeants d’Al-Qaïda citoyens américains se posent depuis au moins la fin 2009. En effet, c’est le moment où Al-Aulaqi a été placé sur les « kill-lists » de la CIA et du Joint Special Operations Command (JSOC). Par contre, le mémorandum de justification n’a été élaboré que quelques mois plus tard en juin 2010.

Lire la suite…

La guerre de tous contre tous?

Selon certaines estimations, les drones de la taille d’un insecte seront opérationnels en 2030. Ils seront dotés de capacités de surveillance et létale. A terme, il est probable qu’ils puissent transporter des armes de destruction massive. Dans un récent essai, Gabriella Blum, professeur de droits de l’Homme et de droit international humanitaire à la Harvard Law School, imagine les répercussions politiques et juridiques possibles de ces nouvelles technologies.

Ainsi, ces nouvelles armes invisibles, anonymes et frappant à longue risquent de faciliter l’emploi de la violence entre individus. L’absence de risque d’être identifié ou d’être tenu pour responsable est susceptible de lever les inhibitions relatives à l’usage de la violence. Les frontières nationales seront rendues inopérantes. D’un côté, les technologies modernes rendent les individus plus vulnérables. De l’autre, elles les menacent tous.

Lire la suite…

La technologie détermine-t-elle la mission?

Alors que les frappes au Pakistan ont repris et qu’une attaque récente au Yémen a tué onze militants d’Al Qaida, certains s’interrogent sur la capacité des politiques à contrôler cette technologie.

Dans une tribune récente au New York Times, Peter W. Singer, directeur de la 21st Century Defense Initiative à la Brookings Institution s’interrogeait sur les frappes de drone au Pakistan et sur la participation américaine à l’intervention en Libye non soumises au vote démocratique. En l’absence de risques pour les troupes sur le terrain, le Parlement n’a pas à être consulté. Selon le Guardian, le ministre anglais de la Défense a déclaré que la guerre aérienne au Pakistan et au Yémen est « totalement fonction de l’existence d’une capacité de drone ». Ces missions seraient-elles plus déterminées par l’existence d’une technologie que par une volonté politique? C’est ce que laisse entendre le ministre anglais en déclarant que ces frappes n’auraient pas lieu si les drones n’existaient pas.

Lire la suite…

La démocratie: victime collatérale des frappes de drones?

Peter W. Singer se dit troublé par l’impact des drones sur la démocratie américaine dans une tribune au New York Times.

La démocratie moderne se caractérisait par un lien étroit entre l’engagement au combat et les risques découlant de la guerre. Ce lien se traduisait, par exemple, par la déclaration de guerre. Or les nouvelles technologies, ou plus particulièrement l’effacement de l’Homme sur le champ de bataille au profit des « systèmes inhabités » (unmanned systems) ont détruit ce lien.

Lire la suite…