Quelles limites humanitaires aux méthodes et moyens de guerre ?

Quelles limites humanitaires aux méthodes et moyens de guerre ? Tel était le thème du dernier débat 5 à 7 du Comité Internationale de la Croix-Rouge (CICR) qui s’est tenu mercredi 29 juin 2016.

À l’heure où la population, les objets et les personnes protégés sont de plus en plus exposés à la guerre, se pose la question de l’efficacité du droit international humanitaire (DIH) pour limiter les effets des hostilités et protéger les civils. Est-il toujours pertinent ? Ne doit-il pas évoluer ?


Lire la suite…

Publicités

De la précision à l’autonomie : la technologie, un facteur polémogène ?

Le Center for a New American Century vient de publier un rapport sur la guerre à l’ère robotique. Il décrit le changement opéré par l’avènement des plates-formes inhabitées sur l’art de la guerre. Le rapport parle de révolution technico-militaire. Celle-ci intervient lorsque de « nouvelles technologies militaires, concepts opérationnels et organisations se combinent pour produire des améliorations spectaculaires dans l’efficacité militaire et le potentiel de combat ». Dès lors, cette révolution met fin au régime militaire existant, défini comme « la façon dont est conduite la guerre sur une période temporelle stratégiquement cohérente ».

Atlas, un des robots humanoïde de Boston Dynamics

Atlas, un des robots humanoïdes de Boston Dynamics

Assassinats ciblés: retour sur la pratique israélienne. Seconde partie.

Dans une première partie, nous nous sommes penchés sur les aspects éthique et juridique de la pratique israélienne des assassinats ciblés au cours des années 2000. Ce billet tente de dresser un bilan militaire et humanitaire.

Quel bilan ?

Pour certains chercheurs, les assassinats ciblés, par leur impact sur la capacité des organisations terroristes à préparer des attentats, ont diminué ceux-ci[1]. Ces derniers ont baissé de plus d’un tiers de 2003 à 2006 et le nombre des attaques réussies a chuté de plus de 40%[2].

Toutefois, d’autres études démontrent l’échec de la stratégie de décapitation du leadership militaire. De 2001 à 2003, on assiste à une augmentation du nombre d’attentats-suicides, passant de 54 à 209, et ce en dépit d’une pratique constante d’assassinats ciblés. Certes, il faut préciser que si le nombre d’ensemble augmente, celui des attentats réussis diminue, la grande majorité restant à l’état de tentative.

Lire la suite…

Assassinats ciblés : retour sur la pratique israélienne. Première partie.

Il y a plus d’un an un drone israélien frappait un véhicule dans lequel se trouvait Ahmad El Ja’Abari, le commandant de l’aile militaire du Hamas, les brigades Izz El Din El Qassam. Cette attaque fût le prélude d’une opération militaire de plus grande ampleur des Forces de défense israélienne dans la bande de Gaza, intitulée « Pilier de Défense », en réponse aux tirs de roquettes palestiniens. A cette occasion, Israël renouait avec une tactique controversée qui a marqué sa lutte contre les attentats-suicides au cours de la Seconde Intifada. A bien des égards, Israël inaugurait à une échelle locale ce que les États-Unis allait exécuter à l’échelle globale.

Image de la frappe aérienne tuant Ahmad El Ja’Abari

Contrairement à ces derniers, le gouvernement israélien a rapidement rendu public sa politique d’assassinats ciblés. C’est à l’autonome 2000, qu’il décide d’exposer sa méthode pour endiguer la vague d’attentats-suicides palestiniens qu’il connaît, dans un contexte d’échec des négociations de paix. Il convient de rappeler qu’entre le début de la Seconde Intifada et juillet 2003, les attaques des groupes armés palestiniens ont fait près de 750 victimes israéliennes, civiles pour la plupart[1]. C’est le vice-directeur des services de sécurité intérieure, Yuval Diskin, qui émet la proposition de recourir aux assassinats ciblés pour mettre fin à ces attaques[2]. Il convient de noter que, contrairement à la pratique américaine, le drone n’est pas l’instrument privilégié par les Israéliens. Il est en quatrième position derrière le tir de roquette par hélicoptère et le tir de soldat par arme à feu au sol[3]. La proximité et la taille du théâtre des opérations expliquent ce « choix des armes ».

Lire la suite…

Dommages civils et intervention humanitaire

La perspective d’une intervention militaire en Syrie, même si elle n’est pas à exclure, semble à présent éloignée. La proposition russe de mise sous surveillance et de neutralisation de l’arsenal chimique syrien a eu raison des rares velléités interventionnistes, essentiellement occidentales. L’absence d’objectifs politico-stratégiques clairs, la crainte de passer outre une résolution du Conseil de Sécurité en raison des vetos russes et chinois, le risque de conflagration régionale, la volonté de ne pas prendre partie tout en « punissant » le régime de Damas et la présence de mouvements terroristes au sein de la rébellion annonçaient une opération militaire complexe. Il convient également d’évoquer parmi ces obstacles la possibilité de commettre des dommages civils.

Carte retraçant la trajectoire des attaques chimiques du 21 août en fonction des données issues du rapport des Nations Unies.

L’élément déclencheur à l’idée d’une intervention en Syrie a été l’utilisation d’armes chimiques par les forces loyalistes le 21 août 2013 à la Ghouta, établie par les services de renseignement américain, français et par le rapport récent de la Commission d’enquête des Nations Unies (qui, s’il ne désigne pas de responsable, indique clairement, par les vecteurs utilisés et la trajectoire des tirs, que les forces loyalistes sont très certainement à l’origine de cette attaque). Une « ligne rouge » ayant été franchie, les auteurs de l’attaque devaient être « punis » pour avoir brisé un tabou. Sur le plan opérationnel, cette intervention devait prendre la forme de frappes ciblées sur des objectifs militaires de haute valeur pendant une durée limitée. Le message devait également servir d’avertissement à tous les dirigeants qui seraient tentés de faire de même à l’avenir. Même si elle ne constituait pas l’objectif premier, la protection de la population syrienne était en jeu, ne serait-ce qu’en dissuadant les forces loyalistes de recommencer.

Lire la suite…

Du marteau au couteau : genèse des frappes de drones américaines contre le terrorisme.

Moins de neuf mois avant les attentats du 11 septembre et le début de la « guerre contre le terrorisme », un drone Predator tirait, pour la première fois, un missile Hellfire contre un char. Il s’agissait d’un test opérationnel réalisé par les Américains dans le désert du Nevada. Il fût couronné de succès. Quelques mois plus tard, en octobre 2001, leurs drones opéraient leurs premières missions armées en Afghanistan. Le 3 novembre 2002, un Predator abattait une jeep Land Cruiser dans laquelle se trouvait Qaed Salim Sinan al-Harethi, un agent d’Al-Qaïda impliqué dans l’attentat contre le destroyer U.S.S. Cole qui avait coûté la vie à dix-sept marins américains dans le port d’Aden, au Yémen. Ce fût le début des attaques en-dehors des zones d’hostilité active.

Un drone Predator.

  • Le détonateur terroriste.

Pourtant, une telle opération n’était pas forcément évidente à l’époque, notamment pour les agents de la CIA. En 1976, suite aux révélations de la Commission Church, l’administration Ford adoptait l’Executive Order 12333. Celui-ci interdit l’assassinat de dirigeants étrangers dont l’activité politique est jugée contraire à la sécurité des États-Unis et à ses objectifs de politique étrangère en temps de paix. Cette législation avait influencé toute une génération d’agents. Les assassinats politiques appartenaient dorénavant à un passé révolu pour l’Agence américaine de renseignement.

Lire la suite…

Frappes de drones et dommages civils

C’est presque un passage obligé du discours des autorités politiques américaines sur les frappes de drones.

Depuis qu’elles s’expriment officiellement sur les frappes létales entreprises en-dehors des zones d’hostilités actives, elles mentionnent quasi systématiquement la précision inhérente aux véhicules aériens inhabités de combat (UCAV). En 2010, l’ancien conseiller juridique Harold Koh au Département d’État parlait de ces « technologies avancées qui ont permis de rendre le ciblage encore plus précis ». L’ancien conseiller du Président Obama en matière de lutte contre le terrorisme, désormais à la tête de la CIA, John Brennan, évoquait en, en avril 2012, « la précision étonnante » et « chirurgicale de ces engins. Dans son grand discours sur la sécurité nationale, le Président en personne a vanté la « très grande précision » des frappes de drones.

Il convient de rappeler que la précision ne se réduit pas à l’arme ou à l’appareil qui la transporte.  Elle regroupe tout un travail de renseignements et d’information, tout un ensemble de procédures qui vont mener à l’identification positive de l’objectif et à la définition du moment idéal pour le frapper sans provoquer de dommages aux personnes et aux biens civils environnants.

Lire la suite…

Drone theory.

Les ouvrages philosophiques sur l’usage des drones dans la lutte contre le terrorisme en langue française sont suffisamment rares pour être mentionnés. Chercheur en philosophie au CNRS, Grégoire Chamayou vient de publier une théorie du drone aux éditions La fabrique.

L’auteur soumet le drone à une investigation philosophique. S’inspirant de Simone Weil, il étudie les moyens plutôt que les fins de la violence. Il souhaite « démontrer le mécanisme de la violence ». Il s’agit « moins de saisir le fonctionnement du moyen pour lui-même que de repérer, à partir de ses caractéristiques propres, quelles vont en être les implications en retour pour l’action dont il est le moyen ».

Lire la suite…

Problématiques militaires et juridiques relatives aux bombardements aériens indiscriminés en Syrie.

Selon le Violations Documentation Center (VDC) cité par l’ONG Human Rights Watch, 4472 personnes, en majorité des civils, auraient péri suite à des frappes aériennes des Forces armées syriennes (FAS). Nous avions déjà évoqué l’escalade dans les moyens aériens employés par l’armée de Bachar el-Assad contre les civils. Nous avions supposé une stratégie de représailles en infligeant des coûts massifs à la population adverse afin de susciter un changement de comportement du belligérant ou, du moins, de le contraindre fortement.

Immeuble détruit par un bombardement aérien syrien à Damas.

Le dernier rapport de HRW, « Death from the skies » confirme le caractère délibéré de ces bombardements. Ainsi, des boulangeries ont été attaquées alors même qu’aucun objectif militaire n’a été identifié. Des hôpitaux ont également été bombardés en dépit de leur statut protecteur. Même si des combattants se trouvaient à proximité, les attaques n’auraient été possibles qu’après certaines précautions (lancer des avertissements…).

Lire la suite…

Les drones sous le feu de la critique.

Alors qu’Al-Qaïda subit une série d’attaques au Pakistan depuis une semaine, c’est le programme de drones lui-même qui essuie le feu de la critique jusqu’au sein même de l’administration Obama.

Mc Crystal

Selon Winslow Wheeler sur Foreign Policy, les défenseurs des drones entretiennent un mythe qui ne correspond pas à la réalité. En Afghanistan, que certains qualifient de « guerre des drones », les États-Unis ont conduit 1505 sorties air-sol durant les onze premiers mois de l’année 2012. Au total, 3886 munitions ont été larguées au cours de ces sorties, 3439 par des avions pilotés, 447 par des drones.  Ceux-ci ne sont responsables que de 11,5% des sorties aéroterrestres.

Lire la suite…