Les drones armés dans le collimateur du Parlement européen

Dans une résolution d’actualité sur l’utilisation des drones armés adoptée à une très large majorité le 27 février 2014, le Parlement européen a exprimé ce qui pourrait être la position de l’Europe sur cette question, en attendant qu’une autre instance se prononce peut-être. Ainsi, le Parlement « se dit gravement préoccupé par l’utilisation de drones armés en dehors du cadre juridique international ». Il ajoute que « le recours aux systèmes d’aéronefs pilotés à distance (RPAS ou «drones») dans des opérations meurtrières extraterritoriales a fortement augmenté au cours de la dernière décennie et qu’un nombre inconnu de civils ont été tués, gravement blessés ou traumatisés dans leur vie de tous les jours ».

Il convient d’ores et déjà de préciser deux choses avant d’aller plus loin. Tout d’abord, contrairement à ce qu’annonce l’intitulé de la résolution, celle-ci ne porte pas sur l’utilisation des drones armés stricto sensu, mais sur leur emploi dans des « opérations meurtrières extraterritoriales », autrement dit, en-dehors d’un conflit armé. Or, comme le souligne Gabor Rona, ancien conseiller juridique au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le fond  du problème n’est pas tant le drone armé que l’assassinat ciblé conduit quel que soit le moyen employé (hélicoptère, tir de sniper, missile de croisière…).  En outre, si l’annonce d’une position européenne critique est à saluer, on peut se demander si elle n’est pas quelque peu tardive. En effet, elle intervient dans un contexte  de baisse du nombre de frappes de drones au Pakistan et alors que celles-ci ont débuté en 2004 (2002 pour le Yémen). Selon le dernier rapport du Rapporteur Spécial sur la promotion et la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, ce nombre s’élève à 27, loin du pic de 2010 qui s’élevait à 128. De plus, aucun dommage civil n’a été signalé en 2013 dans ce pays. Pour l’instant, aucune frappe de drone n’a eu lieu en 2014. Cette tendance doit être appréciée à l’aune de l’annonce faite par le Secrétaire d’État américain John Kerry, en août 2013, de la fin des frappes de drones au Pakistan dans un avenir proche.

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De la colonisation comme matrice du bombardement aérien

Philosophe, historien et maître de conférences à Science-Po Lyon, Thomas Hippler vient de publier Le gouvernement du ciel – Histoire globale des bombardements aériens, aux éditions Les Prairies ordinaires. Avec ce livre, l’auteur se penche sur l’évolution du « gouvernement du monde » depuis le début du XXème au prisme de son instrument privilégié : l’aviation de bombardement à des fins policières.

Chabaish

Bombardement du village de Chabaish au nord de l’Irak par la Royal Air Force en décembre 1924

L’originalité de la démarche d’Hippler est de faire des guerres de conquête coloniale la matrice des bombardements à venir là où l’historiographie traditionnelle n’en fait qu’une simple « répétition » avant sa maturation lors de la Seconde Guerre Mondiale. En effet, l’emploi de l’arme aérienne est ici le « signe le plus évident » de la « transformation radicale du rapport entre adversaires » dans l’histoire de la guerre au XXème siècle (p. 12). Au conflit symétrique opposant deux armées régulières sur un champ de bataille dans une chronologie délimitée, se substitue une relation unilatérale, déterritorialisée et perpétuelle. En vidant la guerre de sa dimension tellurique, la troisième dimension a perturbé à jamais ses conditions d’exercice.

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