La question du bouclier humain dans le conflit entre Israël et Gaza

L’emploi des boucliers humains en guerre est loin d’être nouveau. Durant la guerre de Sécession, des Commandants fédéraux utilisaient des prisonniers tenus à distance par une longue corde pour inspecter des sites suspectés de contenir des mines ou des torpilles. Au cours de la guerre franco-prussiennes de 1870, les autorités prussiennes donnaient l’ordre de placer des notables français sur les trains utilisés par leurs troupes dans les territoires occupés afin de dissuader les combattants français de les attaquer. Cette pratique des « représailles prophylactiques » a été relancée par les Britanniques et les Boers durant la guerre du même nom. Par exemple, une personne ou un groupe de civils renommés étaient utilisés à l’approche d’un point stratégique (comme un pont) afin de ne pas exposer les troupes au cas où l’endroit aurait été piégé.

Une frappe aérienne israélienne dans le nord de Gaza en réponse aux tirs de roquettes palestiniens

Une frappe aérienne israélienne dans le nord de Gaza en réponse aux tirs de roquettes palestiniens

Si la tactique a pu être critiquée pour son inhumanité et son illégalité, elle a également été louée, par exemple par le manuel militaire allemand de l’époque, en raison de son efficacité. La pratique a perduré tout au long des guerres du XXème siècle. Ainsi, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, un tribunal militaire britannique condamnait le général allemand Karl Student pour mauvais traitement sur des prisonniers de guerre ; il les avait utilisés comme bouclier pour l’avancée des troupes paramilitaires allemandes lors de la bataille pour la Crète de 1941. En 1943, un tribunal militaire américain connaissait également un cas de bouclier humain dans l’affaire High Command. En l’espèce, des prisonniers de guerre avaient été utilisés pour protéger les troupes allemandes des bombes à retardements posées par l’ennemi dans des immeubles. Le tribunal concluait que « l’utilisation de prisonniers de guerre comme bouclier pour protéger les troupes est contraire au droit international ». La pratique est loin d’avoir faiblie après la fin de la Guerre Froide. Ainsi, elle est constatée, entre autre, en Irak en 1991, en Somalie en 1993 (§9), au Kosovo en 1999, en Afghanistan, de nouveau en Irak en 2003 (§70), au Sri Lanka en 2009, en Libye en 2011.

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Dommages civils et intervention humanitaire

La perspective d’une intervention militaire en Syrie, même si elle n’est pas à exclure, semble à présent éloignée. La proposition russe de mise sous surveillance et de neutralisation de l’arsenal chimique syrien a eu raison des rares velléités interventionnistes, essentiellement occidentales. L’absence d’objectifs politico-stratégiques clairs, la crainte de passer outre une résolution du Conseil de Sécurité en raison des vetos russes et chinois, le risque de conflagration régionale, la volonté de ne pas prendre partie tout en « punissant » le régime de Damas et la présence de mouvements terroristes au sein de la rébellion annonçaient une opération militaire complexe. Il convient également d’évoquer parmi ces obstacles la possibilité de commettre des dommages civils.

Carte retraçant la trajectoire des attaques chimiques du 21 août en fonction des données issues du rapport des Nations Unies.

L’élément déclencheur à l’idée d’une intervention en Syrie a été l’utilisation d’armes chimiques par les forces loyalistes le 21 août 2013 à la Ghouta, établie par les services de renseignement américain, français et par le rapport récent de la Commission d’enquête des Nations Unies (qui, s’il ne désigne pas de responsable, indique clairement, par les vecteurs utilisés et la trajectoire des tirs, que les forces loyalistes sont très certainement à l’origine de cette attaque). Une « ligne rouge » ayant été franchie, les auteurs de l’attaque devaient être « punis » pour avoir brisé un tabou. Sur le plan opérationnel, cette intervention devait prendre la forme de frappes ciblées sur des objectifs militaires de haute valeur pendant une durée limitée. Le message devait également servir d’avertissement à tous les dirigeants qui seraient tentés de faire de même à l’avenir. Même si elle ne constituait pas l’objectif premier, la protection de la population syrienne était en jeu, ne serait-ce qu’en dissuadant les forces loyalistes de recommencer.

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« Troops in contact » dans le drame de Logar.

Dix huit civils afghans sont morts suite à une frappe aérienne de l’OTAN  dans la province de Logar le 6 juin 2012. Cet incident est intervenu alors que les forces conjointes de l’Alliance et d’Afghanistan poursuivaient un commandant taliban connu pour avoir planifié des attaques contre les forces afghanes et celles de la coalition et pour avoir sous son commandement un certain nombre de combattants insurgés.

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Les forces de Kadhafi ont employé des boucliers humains lors des attaques de l’OTAN au sud de Misrata en avril et mai 2011

L’emploi de boucliers humains est une des caractéristiques des conflits asymétriques contemporains. Face à la supériorité technologique du belligérant adverse, le belligérant « faible » militairement utilise des boucliers humains comme méthode de guerre afin de contrer les attaques auxquelles il ne pourrait faire face avec les armes et les forces à sa disposition. L’objectif est de dissuader l’adversaire de frapper un objectif militaire ou des combattants, sous peine de tuer des innocents ou des cibles illégitimes. Par cette méthode, on cherche à créer un impact médiatique destiné à affaiblir le moral de l’adversaire. Il s’agit de délégitimer l’Etat visé aux yeux de la communauté internationale, de ses alliés, des organisations internationales, des organisations non-gouvernementales (ONG). Cette technique a été employée en Afghanistan par les Talibans contre les troupes de la coalition; elle a été employée par les insurgés irakiens contre les troupes anglo-américaines. Le conflit libyen ne fait pas exception.

C’est ce qui ressort du rapport de Physicians for human rights (PHR) sur les violations du droit international humanitaire (DIH) pendant le siège de la ville de Misrata au printemps 2011. Lire la suite…

Des crimes de guerre commis pendant le siège de Misrata

Alors que la communauté internationale prépare l’après-Kadhafi, les premiers bilans humanitaires sur la guerre commencent à être dressés.

Ainsi, l’ONG Physician for Human Rights (PHR) a rassemblé des preuves démontrant que des crimes de guerres ont été commis pendant le siège de la ville de Misrata en juin 2011. L’enquête de PHR repose notamment sur 54 entretiens conduits auprès d’habitants de Misrata et de villages alentours.

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Notes sur le conflit Sri lankais

Vieux de presque trois décennies, le conflit opposant le gouvernement Sri Lankais et les Tigres de Libération de l’Eelam Tamoul (LTTE) a pris fin le 19 mai 2009 avec la déclaration de victoire du premier. Dans sa dernière phase (de septembre 2008 à mai 2009), il présente les traits caractéristiques des conflit asymétriques contemporains:

Un conflit asymétrique. On est en présence d’un conflit armé non international (CANI) opposant une armée régulière pouvant notamment opérer des bombardements aériens, et une guérilla disposant de moins de moyens mais qui n’hésite pas à recourir au terrorisme et à se servir de la population civile.
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