La « guerre » contre les hôpitaux et le personnel de santé

Afghanistan, Yémen, Syrie… Si les attaques contre les hôpitaux et le personnel de santé sont loin d’être nouvelles, elles semblent avoir pris une nouvelle ampleur ces dernières années. L’occasion de revenir sur les raisons de ce phénomène alors que ces personnes et ces objets font l’objet d’une protection spéciale en droit international humanitaire.

Alerté par la fréquence des attaques contre le système de santé dans les conflits armés, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) lançait en 2011 le projet « Les soins de santé en danger » pour saisir l’ampleur du problème et mieux lutter contre. Dans son dernier rapport, il dénombrait 2 398 attaques contre les soins de santé entre janvier 2012 et décembre 2014 dans onze pays. Au total, 4 275 personnes étaient victimes de ce type de violence. 1 633 d’entre elles étaient des patients. Au moins 598 personnels de santé ont perdu la vie. Plus de la moitié des attaques ont eu lieu à l’intérieur ou à proximité d’un établissement de santé. Plus de 700 véhicules sanitaires ont été affectés, directement ou indirectement. Les travailleurs locaux étaient le plus souvent touchés.

L'hôpital al-Qods à Alep après un raid aérien mené le 28 avril 2016

L’hôpital al-Qods à Alep après un raid aérien mené le 28 avril 2016

S’il n’est pas le seul pays touché, la Syrie a récemment marqué les esprits avec les bombardements du régime sur l’hôpital al-Qods à Alep le 28 avril en plein cessez-le-feu, faisant une cinquantaine de morts dont le dernier pédiatre de la ville. Quelques jours plus tard, c’est un tir de roquette des rebelles qui a touché l’hôpital al-Dabit (toujours à Alep) dans une attaque contre des positions pro gouvernementales faisant au moins 19 morts.

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Problématiques militaires et juridiques relatives aux bombardements aériens indiscriminés en Syrie.

Selon le Violations Documentation Center (VDC) cité par l’ONG Human Rights Watch, 4472 personnes, en majorité des civils, auraient péri suite à des frappes aériennes des Forces armées syriennes (FAS). Nous avions déjà évoqué l’escalade dans les moyens aériens employés par l’armée de Bachar el-Assad contre les civils. Nous avions supposé une stratégie de représailles en infligeant des coûts massifs à la population adverse afin de susciter un changement de comportement du belligérant ou, du moins, de le contraindre fortement.

Immeuble détruit par un bombardement aérien syrien à Damas.

Le dernier rapport de HRW, « Death from the skies » confirme le caractère délibéré de ces bombardements. Ainsi, des boulangeries ont été attaquées alors même qu’aucun objectif militaire n’a été identifié. Des hôpitaux ont également été bombardés en dépit de leur statut protecteur. Même si des combattants se trouvaient à proximité, les attaques n’auraient été possibles qu’après certaines précautions (lancer des avertissements…).

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Première analyse des dommages civils causés par les frappes de l’OTAN en Libye.

Selon une enquête menée sur le terrain par le New York Times, les frappes aériennes de l’OTAN auraient causé au moins 40 victimes civiles, voire plus de 70, dont au moins 29 femmes et enfants. Le journal a produit un rapport de 27 pages portant sur neuf attaques distinctes ayant causé des victimes civiles non intentionnelles. L’enquête s’est déroulée sur 25 sites dont Tripoli, Misrata ou encore Brega. Plus de 150 objectifs (des bunkers, des bâtiments ou des véhicules) ont été visés. 7700 bombes ou missiles ont été largués au cours de milliers de sorties des avions de l’OTAN.

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Immunité des hôpitaux et du personnel médical

Selon HRW, des forces gouvernementales libyennes ont occupé l’hôpital général de Yafran, une ville dans les montagnes occidentales de Libye, du 19 avril jusqu’au début juin 2011. La plupart des habitants ont quitté la ville, fuyant les bombardements. A peu près trente docteurs et infirmières sont restés car ils ne se sentaient pas assez en sécurité pour partir. Trois patients sont également restés en raison de leur état.

Le groupe paramilitaire du nom d’Haras al-Shabi (la Garde Civile) a instauré un climat de peur et a recouru aux menaces afin d’empêcher les occupants de l’hôpital de partir.

Les hôpitaux et le personnel médical appartiennent à la catégorie des biens et des personnes bénéficiant d’une protection spéciale en raison de leur fonction. Lire la suite…